mercredi 19 octobre 2011

La moutarde qui fait pleurer

This article in english.
 Este artículo en español.

La récolte de graines 2011, décortiquées.

Hélène : Elle pourrait me monter au nez, mais le résultat en est tout autre. Lorsque j'étais détentrice d'un lot d'un jardin communautaire à Montréal, un voisin jardinier m'avait refilé des graines de moutarde en me louangeant les bénéfices de la plante. C'est vrai, les feuilles sont bonnes en salade et dans des sandwichs. Les graines, on peut les récolter et les utiliser comme ça ou pour en faire le fameux condiment. Le seul ennui (et de là vient le titre de l'article) c'est bien que la décortication des graines est une tâche ardue si on n'est pas bien équipé... Ce qui est mon cas.

Voici une branche... J'en avais une quarantaine à
décortiquer comme ça!
Pour 45g de graines, j'ai eu à faire environ 8 heures de travail. La méthode utilisée cette année se résume à mettre les cosses dans un tamis, les écraser pour en éjecter les graines et les recueillir dans un bol placé dessous. Ce qui rend ça plus compliqué qu'on le croirait à première vue, c'est que l'opération n'est pas parfaite ; certaines cosses ne se brisent pas complètement et on doit finaliser à la main le décortiquage. Il y a aussi le problème que beaucoup de débris et de poussières se ramassent malgré tout dans les graines. Au moins cette étape est simple et pas trop longue : si on brasse les graines dans un bol en métal, les débris se retrouvent sur le dessus. On souffle tout doucement pour que les débris et la poussière s'envolent et il ne reste que les graines. C'est à faire dehors par contre, vous êtes avertis! Une autre méthode que je n'ai pas personnellement testée propose d'écraser les cosses sur une planche inclinée. Les graines roulent jusque dans un bol tandis que les débris restent sur la planche.

Mais pourquoi est-ce que je suis passée par tant de trouble cette année pour des graines de moutarde qu'on peut acheter à si petit prix dans une épicerie? Eh bien, je voulais faire ma propre moutarde et je voulais réessayer du tout début, à partir de la plante qui m'avait laissée plutôt perplexe, à l'époque du jardin communautaire. En gros, mon apprentissage ici, c'est que de récolter les graines, à moins d'avoir la machinerie nécessaire, ça ne vaut pas vraiment la peine. Mais de faire sa propre moutarde, ça oui! Ça vaut la peine, car on peut l'aromatiser à ce qu'on veut : au miel, au sucre, au gingembre, au citron, aux dattes, aux raisins... pourquoi pas au sirop d'érable?
Pour commencer, ma moutarde a été faite au vinaigre de vin rouge et au miel. Le processus de fabrication de moutarde est plutôt simple, on laisse tremper les graines (ou la poudre de graines) dans de l'eau ou un liquide alcoolisé ou un vinaigre. Selon les commentaires que j'ai lu sur le net, la moutarde se conservera moins longtemps dans de l'eau que dans un vinaigre ou alcool, ce qui a dirigé mon choix. Certaines sources disent de laisser tremper les graines 2 heures, d'autres parlent d'une nuit entière. Comme je voulais ma moutarde le plus tôt possible, je ne les ai fait tremper que durant deux heures et c'est peut-être pour cela que j'ai eu un peu de misère à broyer les graines. C'est vrai qu'au pilon et mortier, ce n'est pas très facile. Rendue peut-être au tiers de la quantité qu'il me fallait, j'ai finalement transféré le tout dans le malaxeur à main, mais un mélangeur ou un broyeur aurait probablement mieux fonctionné. Ajoutez le miel et voilà ! Moutarde. Certaines sources disent qu'il faut attendre une journée de plus pour qu'elle prenne bien sa saveur, d'autres jurent que le goût est bien meilleur quelques semaines plus tard.

Nous avions un repas qui demandait de la moutarde le lendemain, alors nous y avons goûté à ce moment et elle est délicieuse! C'est définitivement une expérience que je veux recommencer et la prochaine fois, j'essayerai de la faire avec de l'hydromel! Un dernier truc, quand vous ouvrirez le pot pour la première fois, rappelez-vous de vos cours de sciences et faites un mouvement de main qui amène les effluves à votre nez, plutôt que de mettre le nez dedans directement! Ou vous vous étoufferez comme l'attestent plusieurs vidéos de Youtube. Après tout, vous venez de créer quelque chose de puissant !

La magie des récoltes sauvages...

This article in english.
 Este artículo en español.




Louise : En cette fin d'été/début d'automne, je suis très occupée à parcourir la campagne environnante pour y trouver toutes sortes de bonnes choses à récolter gratuitement, puisqu'il s'agit de ressources abandonnées.

Voici ma corne d'abondance pour cet automne :

- Plusieurs litres de champignons vesses-de-loup qui proviennent de ma propre pelouse (Voici l'article sur le sujet).
- Quelques dizaines de pots de compote de pommes et quasi autant de grands sacs à congélation pleins au deux-tiers de compote légèrement cuite, l'idée étant de ne pas laisser les morceaux de pommes se défaire en purée, pour ensuite utiliser le tout pour faire des tartes ou des croustades.
- Une quarantaine de poires jaunes et sucrées qui sont souvent abîmées par leur chute, mais qui font merveille en morceaux dans le ketchup aux fruits ou en dessert.


Au bord d'une piste cyclable, une dizaine de pommiers
de variétés différentes produisent encore abondamment.
Je les observe depuis une dizaine de saisons et
je n'ai jamais vu personne venir ramasser cette abondance
qui finit immanquablement par pourrir au sol.

- Exactement 3 livres (1,36kg) de baies de sureau, qui ont récompensé ma patience avec 7 beaux pots d'une confiture divine. ( Il faut des heures pour égrainer les petits fruits sans laisser les queues minuscules, un détail dont je n'aurait pas eu à me soucier si j'avais fait de la gelée, mais je préfère tellement plus la confiture !)
- Une dizaine de gros pots de gelée de raisins (si, si, vous pouvez tomber sur des vignes à raisins abandonnées dans nos champs et, tout comme les pommes, les raisins arrivent très bien à pousser comme ça, sans aide humaine).
- Un pot de sauce aux cerises à grappes tellement bonne que nappée sur une boule de crème glacée, c'est devenu mon dessert préféré (pour ce dernier trésor culinaire, je dois avouer que je n'ai pas couru bien loin : le cerisier en question étant sur ma propriété, cadeau de dame nature).
- Des graines de plantain, qui peuvent être moulues pour en faire une riche farine ou utilisées entières dans un pain multigrains ou dans des muffins - il faut beaucoup de patience pour ramasser les tiges de graines mûres et les égrainer à la main (quoique cette dernière étape soit très plaisante à faire, contrairement à l'épluchage de graines de moutarde qu'Hélène vient d'expérimenter il y a quelques semaines). Je prévois en tirer une tasse de farine, ce n'est donc pas une récolte très sérieuse.
- Des racines de bardane (vous savez, cette grande plante qui produit ces horribles boules de "pipics-velcros"). Je n'en ai encore jamais goûté, mais c'est sensé être délicieux et j'ai repéré une belle talle sur un terrain vague, loin d'une source de pollution, que je compte aller récolter en fin de semaine prochaine - je vous en donnerai des nouvelles lorsque j'aurai goûté.
- De la "paille" faite de ces grands végétaux envahissants qui poussent dans les fossés, atteignant facilement plus de 1,5 mètres et dont j'ai oublié le nom. (Voilà, ça m'est revenu : du roseau commun ou phragmite (Phramite Australis spp. Australis). Cette paille sauvage, une fois les épis de graines coupés, ira tapisser plusieurs endroits de mon jardin. C'est donc un paillis gratuit et tout naturel, sans pesticides ou éléments toxiques (si on choisit bien l'endroit où on le récolte). Il a d'ailleurs la faculté merveilleuse de pousser là où il y a des surplus de phosphore, et donc de l'accumuler dans ses tissus, ce qui en fait un paillis riche de cet élément.
- Des sacs de feuilles mortes, laissés au chemin pour être ramassés par la municipalité; ils sont bien plus faciles à "récolter" que la paille, mais peuvent s'envoler plus facilement au vent. Un élément clé d'un jardin riche et bien équilibré, c'est l'apport en matière organique sous forme de paillis, donc cette récolte est certainement aussi utile que celle des fruits ou légumes. Avant de ramasser un sac, je vérifie d'abord si la pelouse contient au moins quelques mauvaises herbes, ce qui m'indique qu'on n'a pas utilisé d'herbicides; en effet, j'évite à tout prix les "pelouses de golf", qui en plus, ont à coup sûr été nourries aux engrais chimiques.


Une abondance très répandue dont les gens commencent à s'occuper!

Presque tous les recoins du Québec cachent des trésors végétaux qui peuvent trouver le chemin de nos cuisines ou de notre jardin. Par exemple, ma soeur se souvient d'un endroit en pleine campagne, site d'une ferme aujourd'hui disparue, où il y avait des pêches, des poires et des abricots, en plus des pommes omniprésentes au Québec.
De mon côté, à cinq minutes de marche de chez moi, en plein village, il y a un ancien verger en face de l'école, tout près de la voie ferrée. Le terrain appartient à Hydro-Québec et la compagnie n'a pas jugé bon d'en couper la dizaine de vénérables pommiers encore vivants et productifs, en plus d'une rareté précieuse : un beau poirier. Je me contente de ramasser les fruits par terre et apparemment, ma seule concurrence est celle des chevreuils qui viennent faire leur tour quotidiennement, laissant partout leurs empreintes et des fruits à moitié croqués. L'abondance est telle qu'ils n'arrivent pas, bien sûr, à tout manger. Je n'ai pas eu à demander la permission pour cueillir à cet endroit qui est traversé par un chemin que les villageois empruntent régulièrement, à pied ou à bicyclette.

Mais si vous remarquez un fruitier dont personne ne s'occupe sur un terrain privé, vous pouvez vous risquer à demander la permission d'en cueillir les fruits. Vous pouvez toujours offrir au propriétaire de lui donner la moitié de ce que vous aurez ramassé et le remercier avec quelques pots de confiture. Les chances sont qu'il sera content que quelqu'un s'occupe du ménage de son terrain pour la modique somme de la récolte elle-même, en tout ou en partie.
D'ailleurs, dans quelques villes au Canada, cet arrangement a été institué en système communautaire, où des propriétaires d'arbres fruitiers invitent leurs concitoyens à venir faire la cueillette, qui est ensuite partagée entre un organisme communautaire ou de charité, le propriétaire et le ou les cueilleurs.

Des fruits imparfaits, mais absolument délicieux !

Je me suis habituée à consommer des pommes non traitées chez moi. En effet, quand nous sommes arrivés ici, il y a 25 ans, il y avait sur notre terrain trois très vieux pommiers qui ont produit pendant encore quelques années avant de mourir. Comme nous ne voulions pas les faire "arroser" de fongicides et autres cocktails chimiques, j'ai dû apprendre à composer avec les pommes piquées et plus ou moins abîmées par certaines maladies. J'ai réalisé ce que nos grands-mères savaient déjà, bien sûr : qu'il est possible d'en faire des compotes et desserts divinement délicieux. Et même si les pertes sont beaucoup plus importantes qu'avec les belles pommes parfaites du magasin, trois vieux pommiers à moitié productifs donnent plus qu'il n'en faut pour répondre aux besoins d'une famille.
Ce n'est donc pas l'occasionnel petit ver trouvé au coeur d'une pomme ou la tache noire sur sa peau qui me fait frissonner de dégoût. Ni la pomme à moitié abîmée. En consommant des pommes non traitées, c'est un peu comme si je pouvais remonter dans le temps, à une époque où l'usage des pesticides et fongicides n'était pas encore devenu la norme, ce qui est très bien pour la santé de ma famille.

À quoi s'attendre, comme récolte ?

Lorsqu'on cueille des pommes qui n'ont reçu aucun traitement et qui, en plus, sont tombées par terre, on peut diviser notre récolte en trois catégories. D'abord, les pommes les plus abîmées ou à moitié mangées par les guêpes et autres bestioles. En général, ces pommes forment les deux-tiers de ce qui est tombé par terre et qui n'est pas déjà pourri. Elles peuvent être mises de côté pour faire du jus ou du cidre. Cette année, j'ai ainsi fourni une bonne quantité de ces fruits déclassés à une collègue dont la famille est l'heureuse propriétaire d'un pressoir à jus. Elle m'a remerciée en m'offrant du jus de pommes brut absolument délicieux, qui se congèle très bien. Sans compter qu'en plus, elle m'a donné l'idée d'acheter moi aussi un pressoir avec d'autres membres de ma famille.
Ensuite, il y a les pommes assez belles pour entrer dans la composition des compotes, ketchups, croustades et autres délices. Elles peuvent être piquées et plus ou moins difformes, et leur peau peut être passablement abîmée, mais sont suffisamment grosses pour  fournir une quantité appréciable de chair intacte. Elles font près du tiers de la récolte.
Enfin, il y a les pommes parfaites. Ni meurtries, ni perforées, ni piquées, leur forme est plutôt régulière, elles sont assez grosses, mûries à point et leur peau présente peu ou pas de défauts. Elles représentent à peine 2 à 5% de ce que je peux récolter par terre. J'ai remarqué qu'elles sont plus nombreuses si le sol est plus mou ou présente une surface assez égale, recouverte d'herbe longue, par exemple.
Ce qui veut dire que sur les quelques deux mille pommes que j'ai ramassées jusqu'à maintenant cette année (oui, vous avez bien lu), une cinquantaine pouvaient être assez parfaites pour y croquer à pleines dents.
J'ai aussi droit à plusieurs variétés, rouges ou jaunes, hâtives ou tardives, plus ou moins grosses et au goût varié. Ma préférée est une grosse pomme d'un jaune très pâle, souvent très peu abîmée et dont le goût est particulièrement sucré. Un délice que même les variétés sucrées de l'épicerie ont du mal à égaler. Mais la majorité des pommiers que je visite donnent des pommes au goût plus acidulé, comparable à celui d'une MacIntosh. J'en ai aussi trouvé une variété jaune dont le goût ressemble à la Granny Smith ! Les toutes dernières pommes que je viens de cueillir sont si acides qu'elles ne sont pas bonnes à manger crues, mais selon mon expérience, elles devraient quand même faire une excellente compote, quoique j'aurai la main plus pesante sur le sucre, pour mettre toutes les chances de mon côté.
Quant aux poires, jaunes, grosses et très juteuses, elles font le plaisir de mon mari, car la poire est son fruit préféré entre tous, mais elles sont plus problématiques à utiliser, car leur chair tendre résiste mal à la chute. Mais celles qui étaient trop abîmées pour être mangées telles quelles ont trouvé le chemin de la casserole pour sucrer le ketchup aux tomates et aux fruits. Bien sûr, j'aurais aussi pu en faire un dessert, ou une compote.

En tout, c'est une grosse caisse pleine de raisins
que j'aurai récolté, avec de l'aide car il nous a fallu
un grand escabeau pour atteindre les grappes les plus belles.
Ma récolte la plus surprenante est sans contredit celle de ces raisins aigrelets, probablement une variété pour en tirer du vin, dont j'ai fait de la gelée. Les vignes s'accrochent à des pommiers abandonnés qui se trouvent en bordure d'un stationnement public et d'une piste cyclable. Quand on s'approche suffisamment, si on a la bonne idée de lever les yeux, on peut voir le sommet des arbres enguirlandé de belles grappes bleu-violacé. J'ai commencé par récolter quelques grappes qui étaient à ma portée. C'était au début septembre. Le jus, pas meilleur au goût que le fruit, a quand même fait une délicieuse gelée, mais plutôt orangée, car les fruits n'étaient pas encore complètement mûris.

Les ceps de vigne montent en vrilles à l'assaut
de pommiers abandonnés.
L'abondance était trop grande pour y résister et j'ai décidé d'y retourner avec ma soeur, munie de mon escabeau pour récolter cette manne inattendue. Et enfin, les grappes que je suis retournée cueillir en octobre, aidée de mon mari, étaient beaucoup plus mûres et nous en avons obtenu un jus aussi foncé que celui de l'épicerie. Cette gelée est encore meilleure.
Donc en tout, en trois séances de 30 à 45 minutes, nous avons récolté environ 3 pieds cubes de grappes, ce qui, en bout de liste, nous a donné plus de 8 litres de gelée de raisin. Et nous en avons laissé derrière pratiquement autant.

Toutes ces récoltes prennent un certain temps à cueillir, bien sûr, et pas mal plus de temps à préparer pour la préservation, mais au moins, je n'ai pas investi une minute de travail à cultiver ces trésors. Je n'ai eu qu'à étirer le bras et ramasser. Et en plus, je n'ai pas eu à concéder cet espace sur mon terrain.


Voici une partie des grappes que nous avons laissées derrière, la récolte étant trop abondante pour nos besoins et en plus, un peu trop haute pour nos escabeaux.

Et vous, auriez-vous le goût de vous risquer aux récoltes sauvages ? Ou peut-être le faites-vous déjà ?

Est-ce que vous seriez hésitant à vous servir? Hélène n'est pas à l'aise, si elle sait que des passants pourraient la voir. Pourtant, ceux qui me voient ramasser cette abondance et qui ont la curiosité de me parler ont une attitude ouverte et positive. Mon mari, lui, a toujours un peu peur que nous enfreignions une loi quelconque en cueillant dans des espaces publics. Bien sûr, je n'irais pas saccager ces endroits pour obtenir des plantes sauvages, pas plus que je ne pénétrerais sur un terrain privé sans permission explicite du propriétaire, mais ici, on parle de fruits de culture, abandonnés au sol, sur des fruitiers ayant déjà fait partie d'un jardin, dans un espace qui a perdu toute sa vocation privée.

Donc, quand il s'agit de plantes sauvages, le mot d'ordre est d'en laisser en arrière pour que la balance naturelle reste, une règle importante à respecter lorsque l'on fait de la cueillette sauvage.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

vendredi 23 septembre 2011

Un champignon qui se prend pour un ballon

This article in english.
 Este artículo en español.


Louise : Aujourd'hui, je ne vous concocterai pas une fable de La Fontaine, mais j'ai chez moi un organisme bizarre qui aurait très bien pu inspirer ce fameux conteur.
Comment ne pas sursauter à la vue d'une telle étrangeté !
La première fois que j'ai aperçu cet étrange ballon tout blanc au loin sur ma pelouse, je me suis dit qu'un enfant du voisinage devait être bien malheureux d'avoir égaré son jouet. Mais je ne me suis pas approchée; pas le temps, il fallait filer au travail. J'ai vite oublié la chose, l'esprit rapidement accaparé par les mille et un détails de la journée. Mais voilà, le lendemain matin, le ballon immaculé était toujours là, exactement à la même place que la veille, seulement il me semblait vraiment plus gros que dans mon souvenir. Étrange. Je me suis un peu approchée, pour découvrir une balle de baseball du même blanc éclatant qui reposait sur l'herbe à quelques mètres de là !

J'en ai bien eu pour une bonne minute avant de finir par comprendre que j'avais affaire à un champignon d'une espèce qui m'était totalement inconnue. Cet automne-là, j'ai regardé les choses compléter leur cycle de reproduction avec suspicion. Mais je n'ai pas cherché à savoir leur nom : les champignons sauvages sont dangereux, comme tout le monde le sait et j'avais comme principe général de les laisser faire leur vie sans interférer. Quand leur peau est devenue brune et a fendu, révélant un contenu poussiéreux et vert malade, je me suis inquiétée, car j'avais vaguement peur que le nuage de spores libérés soit toxique.

Quelques années ont passé et les apparitions de ballons non identifiés se sont multipliées. Puis, l'amie de ma fille m'a renseignée : mon parterre abritait dans son sous-sol des vesses-de-loup géantes (Giant Puffballs, en anglais) et non seulement, selon elle, elles n'étaient pas du tout toxiques, mais absolument délicieuses! Pourquoi une colonie de Calvatia Gigantea avait choisi d'élire domicile dans mon arrière-cour reste un mystère. Je n'en ai jamais vu dans les alentours, ni nulle part ailleurs.

L'amie de ma fille a eu du mal à me convaincre de la comestibilité de la chose, mais après qu'elle ait emporté un spécimen à un chef cuisinier de sa connaissance pour contre-vérification, je ne pouvais plus douter. Il ne me restait plus qu'à y goûter. Nous avons pelé, tranché et fait cuire la chose dans le beurre et nous sommes passés à table : dur pour le foie, car le champignon avait absorbé une quantité phénoménale de beurre durant la cuisson! J'ai appris plus tard, en poursuivant mes recherches, que quand les vesses-de-loup sont plus matures, leurs pores deviennent moins serrés, les transformant en véritables éponges, et que cette méthode de cuisson n'est plus appropriée.
Je me suis donc renseignée plus à fond sur cette intriguante source de nourriture gratuite. Et j'ai appris une ou deux façons de l'appréter.

Remarquez que la vesse-de-loup n'a pas de pied.
Un champignon est la partie aérienne d'un organisme
végétal qui vit sous terre. C'est un peu comme sa fleur,
dans le sens que c'est une partie éphémère
qui joue un rôle dans sa reproduction en
produisant des spores (sortes de "graines").
Prête pour la récolte.. en prenant garde de ne pas m'empoisonner !

Même si ce champignon revient fidèlement chez moi à partir de la mi-août, je me fais toujours un devoir de relire attentivement sa description avant de le récolter, car je veux absolument éviter de m'empoisonner en tombant sur un imposteur. En effet, quand elle est encore petite (10 cm de diamètre ou moins), la vesse-de-loup géante peut être confondue avec une amanite avant que celle-ci développe son pied. Et ici, nous parlons d'un champignon mortel. Mais il n'y a pas d'inquiétude si on attend que la vesse-de-loup grossisse, car selon les experts, il n'existe aucun champignon dont l'intérieur est blanc pur, de la forme et de la taille d'un ballon, qui serait poison.
Ici, on voit des filaments qui relient le champignon à sa partie souterraine.
On dirait des racines. J'ai appris plus tard qu'il serait préférable de ne pas
arracher les champignons, mais de couper leur pied pour permettre au mycélium
(la partie souterraine) de survivre. Maintenant, je passe un couteau sous la
base de la vesse-de-loup pour la détacher.
À cette grosseur, on ne risque pas de mal identifier la vesse-de-loup.
De plus, elle est encore assez petite pour présenter une chair dense,
facile à cuisiner et bonne au goût.
Pour être certain qu'on a affaire à une vesse-de-loup, il faut la couper en deux.
La chair doit être blanc pur et complètement uniforme dans sa couleur comme dans sa texture,
et elle ne doit présenter aucun "dessin".
Si elle a commencé à changer de couleur, c'est qu'elle a commencé à développer ses spores
et elle n'est plus comestible.
Si vous décidez de cueillir une vesse-de-loup, assurez-vous d'avoir consulté un mycologue de votre région ou un livre d'identification sérieux pour bien comprendre comment identifier tout champignon toxique qui ressemblerait à la vesse-de-loup.
Rappelez-vous : certains champignons sont mortels et leur toxicité est parfois telle que
même un médecin ne pourra plus rien pour l'imprudent qui en aura mangé.
N'oubliez pas non plus que, comme pour tout autre aliment, certaines personnes
peuvent être tout simplement allergiques à ce champignon.
Par prudence, il est conseillé d'en ingérer seulement une petite quantité la première fois
qu'on y goûte, juste pour voir l'effet qu'il nous fait.
On peut facilement nettoyer, couper, peler
et faire cuire un tel monstre en moins de 30 minutes.
Sa chair est délicate, d'un goût relativement neutre,
mais avec des accents forestiers.
À la cuisine...
Il est très facile d'apprêter les vesses-de-loup. Nettoyer l'extérieur sans plonger le champignon dans l'eau, pour ne pas qu'il se gonfle.
Ensuite, le couper en tranches, puis le peler délicatement. La peau s'enlève plus facilement quand le champignon est tranché que quand il est entier.
Après, on le coupe en dés ou en tranches plus petites, selon ce qu'on veut en faire.






Jusqu'à maintenant, j'ai essayé trois façons de faire cuire ce champignon.
- En faire revenir des tranches à la poêle dans du beurre. Délicieux quand il n'y a pas trop de
beurre...
J'ai fait cuire les dés de champignon dans cette petite
étuveuse à légumes en silicone
(un produit de la compagnie Starfrit).
J'ai empli l'étuveuse et j'ai fait cuire dans le micro-ondes
à intensité moyenne durant 2 minutes.
Ensuite, j'ai laissé les cubes refroidir sur une grande assiette,
puis je les ai transférés dans un contenant et je les ai congelés.
- Faire une pâte à crêpe, puis tremper des tranches de vesse-de-loup dans la pâte et faire revenir dans un peu de beurre ou d'huile, comme si on faisait des "toasts dorées". C'est notre recette préférée (pour le moment, du moins).
- Couper la chair en petits dés et faire cuire à la vapeur, puis laisser refroidir et après, congeler pour usage ultérieur, dans une soupe, un ragoût, une sauce à spaghetti. Mais j'ai remarqué que quelques semaines après la congélation, les cubes dégagent une odeur peu appétissante. Je crois donc qu'il vaut mieux les utiliser rapidement.






Il me reste à expérimenter plusieurs autres recettes et méthodes de cuisson. Par exemple, j'ai lu qu'on peut griller des tranches au four, ou évider le champignon, puis le farcir avant de le faire cuire au four. Ce champignon absorbera le goût des autres ingrédients d'une recette.
Certaines sources mentionnent qu'il peut remplacer le tofu et l'aubergine.

J'ai baptisé ce monstre le cochonet. Il a mûri, s'est fendu et s'est ouvert,
peut-être à cause de la surabondance de pluie de cet été.
Il fait plus de 30 cm de haut et presque 60 de long !

Voici un de ses copains, qui doit faire environ 40 cm de diamètre.
Ses couleurs ne sont déjà plus appétissantes et il n'en est pas
encore à l'étape de laisser s'échapper des nuages verdâtres de
spores. Si je le laisse en place, ce champignon sera encore là
au printemps prochain !




mardi 23 août 2011

Au sujet des cerises de terre, ces douceurs légères

This article in english.
 Este artículo en español.

Ou encore, comment prolonger la récolte des petits fruits avec les cerises de terre!


Louise :   Reconnaissez-vous cette fleur ? C'est un petit bijou discret qu'on ne remarque pas du premier coup d'oeil, qui se transformera en petite "lanterne" et abritera une jolie perle d'une douce saveur...


Ici, le fruit le plus sucré est celui dont l'enveloppe est devenue
 à demi- transparente. Plus les cerises de terre sont mûres, plus
 elles sont savoureuses. L'enveloppe verte contient un fruit encore
trop vert pour être mangé.
Vous connaissez peut-être ces petits fruits ronds, fermes et brillants, de la grosseur d'une bille, dorés ou oranges, selon la variété, et qui poussent à l'intérieur d'une enveloppe refermée faite de 5 sépales, enveloppe qui ressemble à une petite lanterne en papier.
Leur goût unique se situe un peu entre celui de la tomate-cerise, des agrumes et de l'ananas. Si certains n'aiment pas du tout, tous les autres en raffolent!
Personnellement, je suis toujours déchirée entre le désir de les manger là, tout de suite, ou d'en mettre de côté pour en faire une confiture exquise, quoiqu'un peu liquide. Devant ces merveilleuses petites sphères dorées, mon mari et mon petit-fils sont aussi gagas que moi, ce qui ne simplifie pas la situation!

Ce gros bosquet vert, en bordure du trottoir, est composé de
plusieurs plants de cerises de terre et n'est pas laid du tout. Le
feuillage reste beau jusqu'aux  gelées. Les fleurs environnantes,
en attirant les insectes pollinisateurs, aident mes plants à
produire une récolte abondante.
J'ai des cerises de terre depuis trois étés déjà, et je me demande souvent pourquoi je n'en ai pas planté plus tôt, car elles sont très avantageuses :

* Les plants produisent une quantité abondante de fruits très nutritifs et excellents pour la santé, tout en occupant peu de place et ce, durant une longue période : du milieu de l'été jusqu'aux premiers gels. Chez moi, je leur ai accordé 24 pieds carrés (2 mètres carrés, environ) en plein soleil. Mais ils se cultivent bien en pot - tant qu'ils sont dans un endroit ensoleillé et ne manquent pas d'eau.

* Sans être de véritables plantes ornementales, ils ont une belle apparence durant toute la saison. Je n'ai donc pas honte de les avoir installés en façade de la maison, bien en vue.

Les fruits sont très peu visibles.
Il faut se rapprocher et se pencher ou soulever les feuilles...
* Les plants n'ont pas besoin d'être tuteurés, habituellement, car ils ont une ramure forte et atteignent seulement 50 à 90 cm de haut. Ils s'étendent en largeur, par contre.

Les fruits au sol sont prêts à être récoltés.
Mais on peut les laisser "vieillir" à température pièce
et leur goût s'améliorera encore, un peu comme les tomates.


* Les plants sont annuels, mais généralement, ils se ressèment tout seuls et très généreusement (il suffit d'oublier quelques fruits par terre). Ils sont très faciles à cultiver au Québec et se mettent à produire deux mois après la plantation.

* Ils font assez d'ombre au sol pour limiter une bonne partie des mauvaises herbes. Par contre, un paillis à leur pied aidera les fruits qui tombent à rester propres et au sec.
Comme ils préfèrent les sols plutôt secs, pas besoin de les arroser s'ils poussent en pleine terre, à moins d'une période de sécheresse sévère.
Dès le mois d'août, mes plants me fournissent 2 ou 3 tasses
de fruits, environ tous les 2 à 4 jours. C'est un
peu magique de pouvoir récolter des petits fruits frais
en septembre et même parfois jusqu'en octobre.


* C'est très facile de savoir quand cueillir les fruits : dès qu'ils sont mûrs, ceux-ci tombent à terre d'eux-mêmes. Il ne reste plus qu'à les ramasser au sol, mais il faut faire attention de ne pas abîmer les plants durant cette cueillette. Les fruits se conserveront longtemps : 4 à 6 semaines à température pièce dans un endroit sec, si leur enveloppe est intacte et sèche.

* Ces fruits réagissent comme les tomates : un fruit détaché du plant qui a déjà commencé à mûrir (c'est-à-dire quand il est vert plus pâle) pourra généralement finir de mûrir lentement à l'intérieur. Les fruits très verts, par contre, n'y parviendront pas.


J'ai délicatement enlevé le givre avec mon pouce
pour ménager une fenêtre et vous laisser admirer
ces belles boules pleines de saveur.
Que faire de toute cette abondance?

. On peut les manger crus bien sûr, que ce soit nature ou trempés dans le chocolat ou le caramel, utilisés pour garnir les crêpes, dans les salades de fruits, les fondues au chocolat, ou comme garniture au bord d'une assiette de gâteau ou d'un bol de crème glacée, à la manière de certains restaurants.
. On en fait un coulis de fruits, de la gelée (ajouter de la pectine), ou une délicieuse confiture (ici aussi, il faut ajouter de la pectine si on n'aime pas les confitures liquides). On peut les faire cuire en croustades.. On peut  les faire sécher facilement (dans ce cas, elles peuvent remplacer les raisins secs). Enfin, on peut les congeler sans cuisson préalable. Personnellement, je les lave, puis je les essuie et je les laisse tomber dans un pot de verre propre (un ancien pot de confiture, par exemple).


Attention, par contre, à ne pas manger les fruits encore verts, qui peuvent donner des maux de ventre et de la diarrhée, à cause de la solanine qu'ils contiennent encore. C'est le même phénomène que pour leurs cousines, les pommes de terre.

Courte fiche technique pour ceux qui veulent en savoir un peu plus... 

Il existe une centaine d'espèces de cerises de terre (Physalis, en latin), annuelles ou vivaces, et plusieurs espèces produisent des fruits comestibles. On les retrouve sur plusieurs continents. Ailleurs qu'au Québec, ils sont plutôt connus sous les noms : coquerets, amours en cage ou groseilles du Cap. En anglais, on les appelle Groundcherries ou Cape Gooseberries.
L'espèce largement rencontrée au Québec est la Physalis Pruinosa, une annuelle. En épicerie, durant l'hiver, il est aussi possible d'acheter la Physalis Peruviana (coqueret du Pérou), dont le fruit est plus gros et plus orange et l'enveloppe plus épaisse et plus foncée. Personnellement, je n'aime pas cette variété, à cause de sa légère âcreté.
Vous connaissez peut-être aussi la Physalis Alkekengi, qu'on appelle ici la lanterne chinoise et qu'on utilise comme plante ornementale. C'est une vivace envahissante aux racines traçantes, qui donne une belle enveloppe orange vif. Le fruit est censé être comestible, mais je n'y ai jamais goûté. Je n'oserais pas en planter chez moi, car elle a la réputation d'être très agressive, envahissant un large espace, et il serait presque impossible de s'en défaire par la suite.
C'est tout pour cette édition, ayez une bonne récolte!

dimanche 14 août 2011

Chats jardiniers, petits fruits en sûreté.


This article in english.
 Este artículo en español.

Freya est une jardinière accomplie ; elle a déterré bon
nombre des poireaux que j'ai mis tant de temps à planter.

Hélène : Malgré le commentaire sous la photo de ma Freya, les chats peuvent devenir un véritable atout dans le jardin. Leur présence a même développé une synergie typiquement de l'ordre de la permaculture dans nos jardins respectifs. Voici un bon moment pour partager avec vous nos histoires de chats jardiniers...


Louise : Dans la succession des fruits de saison, mes bleuets arrivent au début juillet, juste au moment où les fraises achèvent et bien avant les premières framboises. Le jardinier n'est hélas jamais le seul à convoiter ces petits trésors bleus : les oiseaux, quand ils les découvrent, ont vite fait de les gober jusqu'au dernier!

Imaginez un filet par dessus les bleuets... Ça gâcherait l'image, n'est-ce pas?
D'où la nécessité de les protéger. Certains vont tendre des filets par-dessus leurs plants, d'autres vont carrément les encager. Pour rendre le défi encore plus intéressant, plus les variétés sont hautes, plus les oiseaux repèrent facilement les plants et s'y sentiront en sécurité. Les variétés basses sont donc un peu moins à risque.  
Spécimen de cataire, pas encore
écrasée par les félins de la maisonnée.
Chez moi, le problème ne s'est jamais présenté à cause de l'association accidentelle de mes plants de bleuets avec de l'herbe à chat ou si vous préférez, menthe aux chats ou cataire (de son nom latin : Nepeta cataria et de son nom anglais : catnip ou catmint). Certains félins réagissent à cette plante aromatique à l'odeur particulière rappelant vaguement la menthe, qui agit sur leur cerveau et les rend complètement gagas (les vidéos YouTube abondent sur le sujet, d'ailleurs).

Cette année, j'ai ramassé 6,5 litres de bleuets, sur une période d'environ un mois. Ma talle fait seulement 25 pieds carrés (un peu plus de 2 mètres carrés).



Une famille végétale a atteint l'équilibre au sud de mon épinette de Norvège, qui rend le sol environnant acide, ce qui est parfait pour les bleuets.
 De gauche à droite : la ronce odorante (Rubus Odoratus, arbuste s'adaptant aux sols secs, pauvres et acides, produisant des fleurs roses suivies de fruits rouges comestibles).
Puis, au centre, l'herbe à chat (vivace vigoureuse aux épis bleus).
Enfin, on voit les plus petits de mes plants de bleuets (30cm - 1 pied). Plus les plants de bleuets sont éloignés de l'épinette, plus ils ont la vie facile. Donc, ceux qu'on voit au bas de la photo, à droite, sont plus hauts que ceux du fond. Les plus grands atteignent jusqu'à 75 cm (30 pouces). On ne les voit pas sur cette photo.

La relation des cataires et des gros minets :


Ici, on voit le coin repos que les chattes ont aménagé
dans lesfeuilles mortes, juste sous les bleuets et tout à côté
de la cataire. Elles vont souvent y faire la sieste,
sur la base "première arrivée, première servie" !
Le chat le plus digne, si sa génétique le prédispose à être sensible à la cataire, perdra toute sa superbe à proximité de cette plante! C'est l'huile essentielle qui s'en dégage qui lui fait de l'effet, alors il se frottera contre, la mâchonnera, se roulera dessus en se contorsionnant, le tout ponctué de bruyants ronronnements. Il pourra même se mettre à baver béatement ! Puis, il aura le goût de dormir. Mais surtout, il voudra visiter cette plante aphrodisiaque très souvent et c'est là que le jardinier prévoyant en profite.


Pinotte et Caliméro sont venues inspecter l'herbe à chats
après une grosse averse. L'odeur des plants est ravivée par
toute cette eau, mais ils sont vraiment trop mouillés
pour s'y vautrer ! Par contre, rien n'empêche
d'y goûter... 

J'ai la chance d'avoir quatre chattes qui font partie du 80% de minets sensibles aux charmes de la cataire. Elles se sont donc transformées en gardiennes des plants de bleuets, puisque ceux-ci sont voisins de deux gros plants de cataire. Le fait que mes plants de bleuets ne sont pas hauts ne nuit pas non plus. Résultat : les oiseaux évitent soigneusement le coin et aucun bleuet ne leur est jamais tombé dans le bec !

L'herbe à chat  a souvent tendance à s'affaler naturellement. Mais elle supporte bien la taille, ainsi que les abus dont les chats se rendent coupables à son endroit. J'ai vu mon gros matou aller continuellement se coucher directement sur les plants installés près des bleuets, encore si petits à l'époque que rien ne dépassait. Pourtant, malgré un été entier de ce mauvais traitement, les deux plants ont non seulement survécu : ils ont aussi prospéré pour devenir les deux grosses boules de verdure qu'ils sont aujourd'hui !

Si vous ne supportez pas de voir un chat sur votre propriété, la cataire n'est certainement pas la plante à privilégier chez vous ! Par contre, si vous ne voyez pas d'un trop mauvais oeil quelques visites de vos voisins à quatre pattes, vous avez 80% de chances de les attirer dans la portion de votre jardin où vous l'aurez plantée.
Les feuilles de l'herbe à chat sont utilisées aussi en herboristerie. Ainsi, vous pouvez vous en faire une tisane. Ou encore, vous pouvez les faire sécher pour votre propre chat, afin d'en bourrer un jouet de chiffon, par exemple.

                                                                                       Hélène : 
Floraison de l'amélanchier
L'idée générale, ici, c'est d'utiliser diverses relations entre plantes et animaux pour que chacun des partenaires en tirent profit. Vous voyez, selon les principes de permaculture, le jardinier recherchera des façons de multiplier les relations le plus possible, pour rendre le mini écosystème de son jardin encore plus fort, suite à sa complexité accrue.

Le même principe s'applique dans mon jardin, mais avec mon amélanchier (amelanchier canadensis). L'amélanchier est un arbuste ou un arbre - dépendant de son cultivar - de la famille des Rosaceae, comme les roses bien sûr, mais aussi comme les pommes et les pêches, entre autres !

Chez moi, c'est un arbre époustouflant ; de belles petites fleurs blanches en grande quantité au printemps, de beaux petits fruits qui ressemblent à s'y méprendre aux bleuets, mais qui sont rouges, et un feuillage de feu à l'automne. Mais voilà, comme mentionné plus haut, c'est un grand favori des oiseaux et puisque le mien est un arbre (et non un buisson ou arbuste), même s'il y avait de la cataire à son pied, ça n'arrêterait sûrement pas la gent ailée affamée par la promesse d'une telle friandise. Et il faut se le dire, les amélanches sont des petits fruits absolument savoureux, partageant le goût du bleuet et de la canneberge, mais en plus sucré. J'aurais pu installer un filet comme certains le font pour les bleuets (mentionné plus haut), mais je suis clairement du genus "jardinier paresseux", alors il a plutôt fallu de l'ingéniosité pour convaincre les oiseaux d'aller ailleurs.

Et pour la 2e année, mon amélanchier m'a
récompensée de 3 tasses de petits fruits !
Pas si mal, pour un jeune arbre même pas
encore établi!
Bien que ma machination n'en revient pas à combiner deux plantes et des animaux pour atteindre mon objectif, comme Louise l'a fait, je fais moi aussi appel à mes chats. Comment, puisque c'est un arbre et que mes minets auraient du mal à le protéger efficacement ? Eh bien, du peu de terrain que j'ai de disponible, une grande partie est occupée par mon balcon surélevé. J'ai donc positionné l'amélanchier tout près, au coin. Ainsi, les branches les plus basses touchent le garde-corps du balcon et mes 3 chattes se font un plaisir à se prélasser tout près. Aucun oiseau n'ose venir dans l'arbre, même si les chattes ne représentent pas un véritable danger. Il semblerait que le regard gourmand de mes minettes leur  enlève clairement l'appétit pour les petits fruits.

Bien sûr, avec la présence de trois chattes sur mon petit terrain de banlieue, il n'y a pas beaucoup d'oiseaux et ça rend quand même tout cela un peu triste ; mais une fois que l'arbre sera assez gros, alors peut-être les oiseaux se permettront de nous visiter un peu plus et à ce moment, tout le monde pourra se partager l'abondance. Je les laisserai bien prendre en charge la cueillette du sommet de l'arbre. On peut bien partager, après tout... Cet arrangement sera encore meilleur, du point de vue de la Permaculture, car chaque participant de la relation (oiseaux, arbre et humains) y trouvera son compte. Mais seulement rendu là, quand l'amélanchier sera assez grand. Entretemps, les amélanches seront toutes pour moi !
Ayez peur de la minette féroce, Buttercup.