dimanche 20 juillet 2014

Le tournesol obstiné

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Hélène:
5:00. Du matin. Puisque ça fait 2 heures que je fais de l'insomnie, je sors du lit et me glisse dehors, sur mon balcon arrière en robe de chambre. Le lever du soleil est superbe et les oiseaux pétillent comme une bouteille de soda bien brassée. Qui a dit que vie en banlieue de Montréal ne veut pas dire diversité? Car les oiseaux - d'après leurs cris - il y en a plusieurs sortes, par ici. Mais je ne les reconnais pas. Je n'ai jamais appris à les différencier (peut-être un jour!).

Je m'assoie dans un de mes fauteuils extérieurs et j'apprécie le jardin. C'est à ça qu'il sert, entre autre, à me relaxer et me recentrer. C'est plutôt charmant en fait, ce matin. Pas un seul nuage, il fait assez chaud, les cris joyeux des oiseaux, ma chatte Buttercup, couchée pas loin et... un tournesol qui me fait la gueule?

Je fronce les sourcils et je l'observe, lui (le seul), qui a la tête tournée vers la haie de cèdre, comme un écolier qui fait le piquet dans le coin de la classe. Il ne manque que le bonnet d'âne, ma foi! Mais qu'est-ce que tu fais, tournesol? Ça, c'est le nord!


Alors, l'héliotropisme, c'est quoi?
Selon la définition de Wikipédia, c'est "un mouvement diurne d'une partie de la plante en réponse au changement de direction du soleil". C'est l'attraction vers le soleil, et le premier exemple qui vient en tête à part les grand-parents qui vont en Floride (si, si, c'est la définition no.2), c'est le tournesol. Bon, d'accord. Alors qu'est-ce qu'il fout, mon tournesol, à regarder le Nord?

Eh bien, le matin, la position peut varier. Mais dès que le soleil se lève, la tête du tournesol se tournera vers l'Est et suivra jusque vers l'Ouest. Enfin. C'est la théorie.

Pourquoi je vous parle de tout cela?
Parce que ce n'est pas la première fois que je remarque que les têtes de tournesol, ici, elles regardent dans toutes les directions et bougent très peu! Et à part ce cas extrême du tournesol qui fixe la haie de cèdre avec beaucoup d'engouement, durant mes 6 années dans ce jardin, je n'ai jamais remarqué de tournesol qui suivait véritablement le soleil comme une horloge.

La variété du tournesol obstiné ci-haut mentionné, c'est soit Giganteus, soit Early Russian; en tout cas, le spécimen dont je vous parle indique déjà que la cime aura plus d'une fleur, soit une grosse et 2 à 4 plus petites. Dans un tel cas, quelle fleur devrait suivre le soleil de toute façon?
Voici un exemple qui date de 2011 d'un
tournesol à plusieurs têtes.
Mais voilà, c'est le nom, l'attrape. On assume que c'est la fleur qui suit le soleil. Mais pourquoi le ferait-elle? Elle ne peut pas faire de photosynthèse, après tout. Et c'est là, si on regarde la définition d'un peu plus proche, qu'on comprend: "C'est un mouvement diurne d'une partie de la plante". Et quelle partie de cette fabuleuse plante aurait besoin de suivre le soleil pour maximiser son énergie? Les feuilles, bien sûr! Regardez à nouveau la photo du tournesol qui fait la gueule (la deuxième de cet article) prise à 5:30 - 6:00 du matin. Voici aussi une photo prise à la même heure mais derrière le feuillage qui montre merveilleusement que les feuilles sont bel et bien tournées vers l'Est.

 Voici une photo cadrée similairement à celle du haut, mais prise à 9:00 du soir.

La tête a à peine bougé (résultat du tronc qui a penché légèrement vers l'Ouest au cours de la journée), mais les feuilles - celles du plant qui a déjà une fleur comme celles des plants voisins qui n'en ont pas encore - sont maintenant orientées Ouest et bas alors qu'au matin, les feuilles s'orientent Est et haut, comme si elles voulaient toucher le ciel.

Et donc, voilà. Je n'ai pas réussi à me rendormir ce matin-là, mais j'en ai appris un peu plus sur le géant du jardin. Et après une nouvelle lecture de mon texte, il semble que j'ai la prose plus facile lorsque je manque de sommeil... ce qui augure un futur douloureux pour ma carrière d'écrivaine.

Louise :
Les recherches et observations d'Hélène ont été pour moi une révélation. Moi aussi, j'avais déjà remarqué que mes fleurs de tournesols ne faisaient pas ce qu'elles étaient sensées faire. Et pourtant, il ne m'est jamais venu à l'esprit de contester ce savoir populaire qui veut que la fleur se tourne vers le soleil. Nous prenons tellement pour acquis certains "savoirs" que nous en venons parfois à ne même plus faire confiance à notre expérience personnelle. Bonne leçon pour moi !
On dirait vraiment un groupe rock dont le chanteur nous tourne le dos, alors que les choristes font leur numéro de danse pour l'audience...

jeudi 26 juin 2014

La rhubarbe, une question de créativité

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À une époque de l'année où les fleurs des plates-bandes manquent souvent de hauteur, les plants de rhubarbe font une floraison spectaculaire de plus de 120 cm (4 pieds) qui, à elle seule, peut justifier leur présence au jardin. Plusieurs sources vous recommanderont de ne pas laisser vos plants fleurir, pour conserver toute leur énergie à la production de tiges et de feuilles.
Mais j'ai assez de plants pour nos besoins, alors je les laisse me charmer par leur beauté. Ici, on les voit en fin de floraison.

Hélène:
Trop amère à mon goût pour être mangée nature et, trempée dans le sucre, je trouve ça un peu trop croustillant. La rhubarbe semble à priori limitée dans son usage. Mais après quelques recherches et tentatives, voici quelques idées qui pourraient vous intéresser.

La confiture de rhubarbe est délicieuse et facile à faire, quoique longue à cuire pour évaporer le surplus d'eau. Tout est affaire de goût personnel bien sûr, mais pour satisfaire la plupart des palais, elle demande aussi beaucoup de sucre.

Je vous propose un petit truc plutôt facile: quand je fais cuire ma confiture de rhubarbe, j'ajoute de l'eau en surplus et lorsque les morceaux commencent à se défaire (environ 20 minutes de cuisson),  je passe le liquide au tamis. Il est alors d'un beau rose (ou rouge si j'ai incorporé des fraises).  Un peu plus de cuisson pour que ce jus se transforme en sirop et on obtient une merveilleuse base pour un soda à la rhubarbe. Certains diront sûrement que de séparer l'eau et le jus de la confiture enlèvera du goût à cette dernière. Louise trouve son goût moins astringent et plus doux, mais personnellement, je n'ai  pas noté de différence. Ça varie d'un dégustateur à l'autre, je suppose.

À gauche, le sirop de rhubarbe et fraise et un pot de confiture rhubarbe-fraise. À droite, un sirop  uniquement composé de rhubarbe (de l'an passé) et une verre de soda à la rhubarbe (moitié-moitié sirop de rhubarbe et eau gazéifiée). 
Il y a bien plus à faire avec la rhubarbe: du gâteau renversé à la rhubarbe trouvé dans ce fabuleux livre, encore disponible dans les librairies Renaud-Bray, jusqu'à la délicieuse Croustade à la rhubarbe et fraise de notre banlieusarde préférée, Martine (la recette est aussi dans son livre, que je vous recommande fortement!), on s'aperçoit finalement qu'on est bien loin du bâton incrusté de sucre!


 Note: La recette complète du sirop à la rhubarbe vient de ce livre (en anglais), que je vous ai déjà recommandé dans d'autres articles, si je ne m'abuse. Le sirop de rhubarbe se congèle facilement directement dans une bouteille et ne prend presque pas d'expansion, à cause de son taux élevé de sucre. 

Louise : 
Un substitut au jus de citron :
J'ai été très surprise et enthousiasmée d'apprendre, il y a quelques années, que nous pouvons utiliser le jus de rhubarbe dans la plupart des recettes qui demandent du jus de citron. Comme chez moi, une petite bouteille de jus de citron véritable finissait toujours par se gaspiller, j'ai tout de suite décidé de congeler mon jus de rhubarbe pour le préserver de ce sort malheureux. Rétrospectivement, il m'apparaît évident que j'aurais pu faire exactement la même chose avec le jus de citron ! 

Ma première source d'approvisionnement a été fortuite : j'ai découvert par hasard qu'en décongelant de la rhubarbe coupée en tronçons, une bonne partie de son jus s'était séparé. Je l'ai donc récupéré, j'en ai recongelé la moitié et réservé le reste pour cuisiner avec. Mes essais étant concluants, j'ai décidé de m'en faire une réserve.
Par la suite, j'ai utilisé un extracteur à jus. J'avais d'abord pris la précaution de couper mes tiges de rhubarbe en tronçons très court pour éviter que de longs filaments viennent s'enrouler autour des lames de l'appareil. Ce dernier s'étant retrouvé à la casse, j'ai maintenant recours à la méthode que je trouve la plus simple.


Quatre grosses tiges de rhubarbe et
un quart de tasse d'eau m'ont donné
une tasse de jus de rhubarbe non sucré
et autant de confiture. Je trouve que
quand on enlève le jus de cette
manière, il faut moins de sucre
 pour sucrer la pulpe. La rhubarbe
contient une bonne dose de vitamine C.


J'utilise la recette de confiture de rhubarbe d'Hélène, mais avec quatre variations. D'abord, je ne mets pas de sucre. Ensuite, j'ajoute juste assez d'eau pour recouvrir le fond de ma casserole. Puis, je garde le couvercle dessus pendant toute l'opération, pour ne pas perdre la vapeur. Je sépare le jus de la pulpe à l'aide du tamis, tout comme Hélène. J'obtiens ainsi un jus pratiquement non dilué, que je ne filtre pas plus et qui est bien assez acide pour remplacer le jus de citron.

Comme Hélène, je récupère la pulpe et ce n'est qu'à ce moment-là que j'y ajoute du sucre ou du sirop d'érable, avant de remettre ma confiture à cuire pour quelques minutes de plus.  








Je congèle mon jus de rhubarbe en portions de 20 mL (4 cuillères à thé) pour utilisation au besoin. J'imagine que je pourrais le faire congeler dans des moules à cubes de glace, mais je préfère recycler de petites bouteilles à médicaments. Je regroupe ces bouteilles dans un contenant plus grand et hermétique. Et voilà, j'ai ma réserve à portée de la main pour jusqu'au printemps suivant ! 
Il y a quelque chose de profondément satisfaisant à produire soi-même un substitut local pour un ingrédient aussi exotique que le jus de citron. Et puis, mon jus est entièrement bio, par-dessus le marché !


Parlons un peu de la culture:
On peut commencer à récolter les pétioles (autrement dit, la tige des feuilles), sur des plants provenant de boutures de racines, dès la deuxième année de leur installation en terre. La recommandation habituelle est de ne pas récolter plus des deux-tiers du plant à la fois, mais on peut se permettre une deuxième récolte vers le mois de septembre. Ces plants seront au sommet de leur productivité pendant 5 à 10 ans. Par la suite, la récolte sera moins abondante, mais les plants produiront jusqu'à l'âge de 50 ans et parfois même un siècle, selon Wikipédia. 

Un plant de rhubarbe mature (à partir de 3 ans, environ) peut produire des hampes florales. On dit que les cultivars les plus anciens sont plus portés à le faire que les cultivars modernes, d'ailleurs. Il est possible de produire des plants de rhubarbe à partir des graines, mais selon certaines sources, ce serait plus difficile sous nos latitudes. Si vous voulez essayer, vous pourrez trouver des explications assez aisément sur Internet. Bien sûr, les plants seront encore trop petits pour commencer une récolte dès la deuxième année.
Les graines de la hampe florale.
Comme je laisse mes plants fleurir, afin de ne pas trop les stresser pendant la floraison, je préfère faire ma récolte après celle-ci. Je coupe les hampes florales avant que les graines mûrissent et ensuite, je récolte les pétioles. 

Le fait de couper les tiges et de sacrifier les feuilles, qui sont d'ailleurs toxiques, expose la terre autour des plants sur une assez grande surface. J'étends donc les feuilles entières en paillis pour redonner à la terre les nutriments qu'elles contiennent, potassium et phosphore, surtout) et pour protéger le sol de l'érosion et du dessèchement. 

Les feuilles se décomposent assez rapidement. Mais, de par leur toxicité, elles ont un effet inhibiteur remarquable sur les mauvaises herbes. Souvent, j'étends une couche de compost ou de fumier par-dessus les feuilles et je termine par une légère couche de paillis (généralement, des feuilles mortes de l'automne précédent).  
Les petites feuilles toutes neuves de la rhubarbe commencent à pousser en Avril!

lundi 5 mai 2014

Pas besoin de faire du sirop pour profiter de l'eau d'érable !

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Louise :
Le printemps est enfin arrivé et nous avons une nouvelle locataire pour le prouver!
Notre nouvelle locataire, la proverbiale marmotte, a choisi d'élire domicile sous la remise. On la voit qui prend un bain de soleil, entre le baril de pluie et la brouette.
Après un hiver ponctué de deux verglas, qui s'est avéré très froid et qui n'en finit plus de finir, la production de sirop n'a commencé ici qu'au tout début avril et encore, lentement, à cause du temps froid qui a persisté. Production médiocre quant à la quantité, mais riche en apprentissages ! D'abord, un imprévu nous a fait revoir nos méthodes d'ébullition du sirop, ensuite, nous avons appris à apprécier l'eau d'érable de diverses façons. Enfin, nous avons filtré notre produit fini pour une toute première fois.

Problème imprévu : 
Voici l'apparence du
dessus de la nouvelle cuisinière
après environ six heures de

cuisson de moyenne à forte
intensité (avant tout
effort de nettoyage).
L'an passé, nous nous sommes rendu compte avec stupeur que le fait de faire bouillir quoique ce soit sur notre nouvelle cuisinière avait un effet d'usure prématuré fort désagréable sur ce nouvel électro-ménager. Je me dois donc de vous en parler. 

D'abord, il faut dire que nous avons fait notre sirop à la maison sur la cuisinière durant de nombreuses années sans problème. Mais c'était sur notre ancienne cuisinière, un vieux modèle des années soixante.

Avec la nouvelle cuisinière, un modèle plutôt bas de gamme en émail blanc, ce n'est pas la même chose. En effet, avec les années qui passent, sa surface devient de plus en plus difficile à nettoyer. Or, faire disparaître des gouttelettes d'eau d'érable caramélisée demande une bonne dose de frottage, ce que la cuisinière n'apprécie pas. C'est que l'émail blanc n'est pas de qualité suffisante. Il se raye facilement, puis la saleté s'incruste dans ces fissures et ne veut plus en partir. 

Je me suis donc dit qu'il fallait absolument en parler sur ce blogue, pour mettre nos lecteurs en garde. Je me suis aussi demandé comment nous y prendre autrement pour faire bouillir notre sirop. Il y a bien quelques méthodes alternatives, dont je vais vous entretenir plus bas, mais la méthode la plus simple d'utilisation de l'eau d'érable est aussi la plus évidente !

Ah ! Divin jus d'érable !

Quoi faire avec toute cette sève ? Tout d'abord, la boire, c'est délicieux. Elle est pleine de nutriments en suspension et elle se conserve très bien quelques jours au réfrigérateur. Elle remplace agréablement le verre de jus du matin et elle est très désaltérante. Petit rappel : consommez avec modération pour vous laisser le temps de vérifier l'effet que l'eau d'érable a sur votre organisme. Certaines personnes ont tendance à faire de la diarrhée quand elles boivent beaucoup d'eau d'érable. Quant à moi, aucun effet du genre. Je pourrais en boire toute la journée.

Vous pouvez aussi congeler l'eau d'érable pour usage ultérieur. Mais attention ! Sachez que lors de la congélation, le sucre et les nutriments se séparent de l'eau et ils congèlent en dernier. Durant la décongélation, c'est le contraire. Ce sont les éléments solides qui dégèlent en premier. Donc, si vous voulez avoir une sève vraiment plus sucrée, n'attendez pas que toute la bouteille soit décongelée pour vider le liquide et  le consommer. Quant à lui, le bloc de glace qui restera dans la bouteille, une fois décongelé à son tour, ne goûtera pratiquement pas sucré.
Au contraire, si vous préférez le taux de sucre original de votre eau d'érable et si vous avez l'intention d'utiliser tout le contenu de la bouteille, attendez qu'il soit complètement décongelé avant de vous en verser un verre.
J'ai utilisé des bouteilles de jus en plastique pour entreposer notre eau d'érable.On peut remarquer que le produit est plus blanc dans le haut de la bouteille. Ce n'est pas un effet de la lumière. Les sucres et les éléments nutritifs semblent être remontés dans la partie supérieure du contenant.
C'est la toute première année que nous nous faisons des réserves d'eau d'érable congelée. Cela se fait très facilement et, à cause de sa teneur en sucre (3 à 5%), la sève de l'érable à sucre ne prend pas beaucoup d'expansion durant le processus. (J'imagine que ce serait la même chose avec la sève de l'érable noir, qui produit lui aussi une sève contenant sensiblement le même taux de sucre, mais moins le cas avec la sève des autres espèces d'érables, car ils ont une moins grande concentration en sucre.)
Après avoir filtré notre eau d'érable, nous pouvons en emplir une bouteille pratiquement aux trois-quarts et la mettre au congélateur sans bouchon durant une heure ou deux. Une fois son contenu congelé, la bouteille est pleine jusqu'au bord. 
Si vous touchez la glace à la surface d'une bouteille entièrement congelée, vous aurez la surprise de toucher une glace très molle qui se transforme rapidement en sirop collant au contact de votre doigt. Goûtez : c'est très sucré. Il ne restera qu'à remettre le bouchon et voilà ! 

Ce phénomène de séparation du sucre et de l'eau a amené des chercheurs de l'Université Laval à travailler sur une méthode de production du sirop d'érable par congélations successives, l'idée étant de retirer les glaçons à mesure qu'ils se forment, puisqu'ils contiennent surtout de l'eau et très peu de sucre. 

Rappelez-vous qu'une seule entaille peut donner 40 litres de sève, les bonnes années. Donc, selon l'espace disponible dans votre congélateur et selon la quantité de bouteilles que vous pourrez utiliser, vous pourrez prolonger le plaisir pendant un bon bout de temps.

Et pourquoi ne pas utiliser l'eau d'érable en cuisine ?

On peut donc se servir de l'eau d'érable comme si c'était un jus de fruit ! Mais elle a plusieurs autres usages, en ajout dans différentes boissons ou comme ingrédient dans une recette. Cette année, mon mari et moi en avons consommé au moins une vingtaine de litres frais et nous en avons donné aux parents et amis. Différentes recettes utilisent l'eau d'érable telle quelle.
Personnellement, à la suggestion qu'une lectrice, Isabel, nous a fait l'an passé, j'en ai utilisé pour remplacer l'eau ou un liquide quelconque dans des soupes, aux carottes, à la courge et aussi au poulet, nouilles et maïs. Mais il me reste à l'essayer dans la soupe aux navets ! J'ai aussi mis de l'eau d'érable dans des smoothies, dans du gâteau et du glaçage à gâteau. J'ai fait cuire des pièces de viande en ragoût et du jambon dans l'eau d'érable. J'ai déglacé mon jus de cuisson après avoir passé des steaks à la poêle. Il existe donc plusieurs façons de l'utiliser.
Depuis peu, il est possible d'acheter l'eau d'érable à l'année longue dans les épiceries. Elle peut s'employer telle quelle ou on peut la faire bouillir. Le lien que je viens de vous donner a plusieurs recettes faites à partir de petites quantités d'eau d'érable. À vous d'expérimenter.
Tout ceci pour vous rappeler que vous pourriez entailler votre érable même si vous n'avez pas l'intention d'en faire bouillir la sève.

Quant au sirop lui-même, mon amie Carmen m'a raconté qu'elle avait vu sur internet une cure de désintoxication au sirop d'érable, au jus de citron et au poivre de cayenne. J'ai fouillé à mon tour et j'ai rapidement trouvé une recette en français que je n'ai pas essayée, mais que je vous soumets quand même, si vous aimez les cures.

Quant à faire bouillir notre sirop autrement, quelques autres solutions s'offraient à nous

D'abord, je rappelle que, si on n'est pas trop pressé, un poêle à bois est tout indiqué pour faire évaporer l'eau d'érable lentement. Mais nous n'en avons pas dans la maison. 

Comme méthode première, nous avons donc décidé d'utiliser la cuisinière quand même, mais en faisant évaporer la sève à feu beaucoup plus bas. Il y a moins de gouttelettes qui éclaboussent autour de la marmite et la surface du poêle atteint des températures moins élevées, donc il y a moins de caramélisation. Ça marche bien, mais il ne faut pas avoir de grandes quantités d'eau d'érable en attente de se faire évaporer, car le processus est pas mal plus lent. 
 Une connaissance de ma soeur disait que ses parents avaient l'habitude de mettre un grand chaudron d'eau d'érable sur feu minimum avant d'aller se coucher. Le lendemain, le plus gros de l'évaporation était complété et ils se retrouvaient avec du réduit prêt à bouillir pour la transformation finale. Nous avons donc utilisé cette méthode, mais seulement durant la journée, quand quelqu'un est dans la maison, par mesure de sécurité. Efficace, moins dur pour la cuisinière, moins demandant pour nous, car nous ne nous sentons pas obligés de rester à côté du chaudron et en plus, la source de chaleur étant moins forte, sa contribution au chauffage général de la maison est plus uniforme.

La deuxième méthode que nous avons testée cette année : utiliser un BBQ ou un réchaud extérieur - l'un comme l'autre au gaz propane. Quelqu'un nous a prêté un réchaud extérieur semblable à celui-ci. Efficace, mais pas économique du tout. De plus, il faut s'installer dans un endroit à l'abri du vent et, autant que possible, faire bouillir quand il ne fait pas trop froid dehors, sinon on se retrouve à "chauffer le dehors" autant qu'à faire bouillir la sève. Si on se fie à notre expérience, le sirop produit de cette manière coûte au moins aussi cher que celui vendu en épicerie.

La troisième méthode, pas encore essayée : le poêle à bois de la remise. Mais pas de chance car, à cause d'un autre projet, nous n'avions plus de réserve de bois à brûler. Or, habitués comme nous le sommes à récolter gratuitement notre propre bois de chauffage à partir du bois mort de notre terrain, nous ne voulions pas acheter une corde de bois de chauffage (nous sommes un peu radins, par moments).

La quatrième : fabriquer un "poêle fusée", en anglais, "rocket stove", un petit poêle extérieur qui dégage beaucoup de chaleur en consommant très peu de bois, sous forme de petites branches, de retailles et de baguettes. Pas question de brûler des bûches dans ce type de poêle pour l'extérieur. 
Un "rocket stove" est très économique à l'usage, et très facile à construire et démonter, mais il faut respecter les proportions optimales pour les dimensions de l'âtre et de la cheminée si on veut un rendement optimal sans fumée ou presque, ce qui fait qu'on ne peut pas utiliser n'importe quelles dimensions de briques ou de blocs de ciment. Notre prototype a fait de la fumée, ce qui veut dire qu'il ne brûlait pas les gaz de combustion et donc, qu'il ne dégageait pas autant de chaleur qu'il aurait dû (en plus d'être polluant). L'évaporation se faisait donc lentement, comme sur un poêle à bois intérieur. Le design sera donc à revoir. Je ferai d'autres essais et je vous en reparlerai. 

Enfin, merci à Glenn pour avoir partagé sa méthode dans son commentaire du 21 avril 2014. Si je trouve une de ces anciennes friteuses-mijoteuses des années 70, je vais probablement me risquer à l'essayer !




Vive la filtration !

 Cette année, mon mari a acheté une feuille de feutre blanc servant à filtrer le sirop d'érable qu'il a acheté dans un magasin spécialisé dans l'appareillage pour l'acériculture. Nous en avons coupé un carré de petites dimensions pour en tapisser notre entonnoir. 
Il est doublé d'un filtre à café ayant pour rôle de retenir les plus grosses particules. 
 Nous avons versé peu à peu le sirop bouillant à travers les deux filtres.
À mesure que les particules solides se sont amassées et que le sirop a refroidi, la filtration s'est faite de plus en plus lente, si bien que les premières tasses de sirop ont pris quelques minutes à peine à passer à travers les filtres, alors que les dernières tasses ont mis quelques heures à le faire. Il a donc fallu faire preuve de patience. 
Mais le résultat en a valu la peine, puisque ceci élimine la "lie" dans le fond de nos pots. 
J'ai appris récemment que ce dépôt provient de l'eau d'érable elle-même. Il est composé de minéraux naturellement contenus dans la sève. Durant le processus d'évaporation, ces minéraux se cristallisent et descendent au fond du sirop. Le sirop est donc parfaitement comestible même avec la présence de dépôt.

La prochaine fois, nous avons l'intention de filtrer notre produit alors qu'il est encore à l'état de réduit épais, puis de reprendre l'ébullition jusqu'à arriver à la consistance du sirop. Nous pourrions ainsi le verser dans les pots propres et secs alors qu'il est encore bouillant, ce qui nous permettrait d'obtenir ensuite une fermeture des couvercles à vide.

Un sirop clair et pur.


vendredi 28 mars 2014

Des coeurs au printemps, des feux d'artifices en été


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Des feuilles de hostas bleues et une des dernières tiges de coeurs saignants du jardin. La floraison de ces derniers durent jusqu'au début du mois de juin ici.
Des coeurs au printemps:

Hélène:
Lorsque le printemps est à nos portes, il est difficile de résister à la tentation d'acheter un bouquet de fleurs pour embellir la maison. Personnellement, il s'agit pour moi d'un bouquet de tulipes. Chez moi c'est définitivement le signe que le printemps s'en vient à grand pas, même s'il y a encore 3 pieds de neige à l'extérieur.
Et puis, mes propres tulipes sortent, les jacinthes et les jonquilles. J'en fais des bouquets aux couleurs de cocos de Pâques, comme sur la photo ci-dessus. Mais ensuite les coeurs saignants sortent et s'il y a un bouquet que j'ai anticipé tout l'hiver, c'est bien celui-ci. Il est difficile à rendre élégant dans un vase, mais si vous le placez dans une fiole, les tiges crochues permettent une créativité sans pareille.




 

























La plupart reconnaîtront le nom de Dicentra, le nom latin pour la plupart des coeurs saignants. Par contre, la variété D. Spectabilis a été reclassée dans les années récentes sous le nom Lamprocapnos Spectabilis (photo à gauche). Si les coeurs saignants que vous avez sont grands (2 à 3 pieds), fleurissent en milieu - fin printemps et tombent en dormance en été, il s'agit bien de cette variété. Il existe aussi une variété à fleurs complètement blanches, très belles. Mais le plant est un peu moins vigoureux que la variété rose et blanche de la photo de gauche.
Des feux d'artifices en été:



Lorsque l'été arrive et que les coeurs saignants me laissent sans bouquets, un autre spécimen intéressant fait son entrée en bouquet dans la maison. Il s'agit de la barbe de bouc - Aruncus Dioicus - et ce que j'aime d'elle, c'est que ses tiges florales ressemblent à des feux d'artifices! Alors bien sûr, dans un bouquet, ça donne quelque chose de très intéressant. Le seul petit ennui avec ceux-là, c'est que lorsque les tiges fleuries ont passés leur prime, elles font un peu de dégâts (des graines toutes petites partout, partout!). Comme vous remarquerez, j'agence plus souvent qu'autrement mes diverses tiges avec des feuilles de hostas, verdure qui complémente bien (en plus de bien d'autres qualités notables) et qui est présente toute la saison. J'ai déjà fait des bouquets ne contenant que des feuilles de hostas!



Vient ensuite le milieu de l'été et avec les fenêtres ouvertes, je ne sens plus le besoin d'avoir des fleurs à l'intérieur. Le spectacle extérieur en vaut suffisamment la peine. 


Bien sûr, c'est une sensation très éphémère car nous voici présentement en mars et je sens le besoin pressant à nouveau d'avoir le printemps dans ma maisonnée. Plutôt que de faire pousser des laitues, j'ai essayé cette année ce que cet article (en anglais, provenance de la merveilleuse équipe de Lee Valley) suggère. Il donne la marche à suivre pour une technique qui semble à priori difficile, mais qui ne l'est pas (quoi que mon succès n'est pas complet, il me faudra encore de la pratique): forcer une branche d'un arbre ou arbuste à fleurir avant son temps. Je me suis essayé sur une branche de lilas blanc.
On voit bien que la plante peine un peu; certains bourgeons n'ont même pas éclos.
J'ai failli ne pas vous en parler, mais puisqu'il s'agit d'un blog qui est sensé vous démontrer les deux revers de la médaille, voire les succès comme les échecs, voici ce qui en découle. Comme vous voyez, peu de fleurs sont arrivées à la floraison et la branche semble lentement mais sûrement dépérir. Peut-être n'ai-je pas pris une branche d'un diamètre assez gros (à mon observation, la branche semble avoir de la difficulté à absorber l'eau, ce qui est normal après déjà 3 semaines), peut-être aurais-je dû la mettre dans une fenêtre plus éclairée, peut-être n'a-t-elle pas un assez gros contenant, peut-être, peut-être. Néanmoins, même en petite quantité, je prendrai ces fleurs et les bourgeons qui me remplissent de joie dès que j'y pose le regard! Elles me disent bien, malgré leur attitude languissante, que le printemps arrivera à nouveau très, très bientôt et que j'aurai droit au vrai spectacle, celui de l'arbustre qui se couvrira complètement de fleurs blanches et lancera son parfum ennivrant!


mardi 18 février 2014

Une note sur la contamination du sol

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Louise:

En lisant beaucoup sur le jardinage, on finit tôt ou tard par prendre conscience des conséquences de la contamination des sols sur la culture et la consommation de plantes comestibles. Plusieurs substances peuvent contaminer le sol. Je me contenterai de survoler le sujet. J'ai ajouté, à la fin de cet article, des références appuyant les informations que je vous transmets ici.

La présence possible de plomb aux abords de notre maison ne m'empêche pas de jardiner, mais avec les précautions qui s'imposent.

À ma connaissance, la contamination la plus courante autour des fondations des vieilles maisons en bois peint est le plomb, à cause de l'usage des peintures extérieures qui, dans un passé pas si lointain, en contenaient. En grattant l'ancienne peinture avant de repeindre, les pelures se sont retrouvées au sol où elles ont été lentement enterrées avec les années.

Mais sur nos terrains, il y a aussi la contamination plus moderne à l'arsenic, à cause du bois traité utilisé dans la construction des galeries, balcons et patios. On peut encore parler de contamination accidentelle quand un vieux réservoir d'huile à chauffage s'est mis à fuir et de celle causée par la créosote contenue dans les traverses de chemin de fer, utilisées pour créer des murets ou des rebords de plates-bandes ou de trottoirs, entre autres.

De plus, la terre de remplissage utilisée au moment du terrassement d'une maison nouvellement construite pourrait potentiellement réserver de désagréables surprises, car ce ne sont pas toutes les entreprises de terrassement qui ont été ou sont soucieuses d'écologie. 

Enfin, la proximité d'usines et de circulation routière intense peut amener des métaux lourds avec la poussière que le vent charrie.

Lorsque cette arche vieillissante s'est écroulée, il y
a deux ans, nous avons fait le choix de ne pas la
reconstruire, car l'endroit reçoit une assez bonne
dose de soleil, ce qui pouvait me permettre d'
y
faire pousser quelques légumes
. Mais comme nous
avions utilisé du 
bois traité à l'arsenic pour cette
construction, je dois maintenant me contenter
de cultiver mes plantes comestibles dans des
contenants déposés sur le sol.
En cas de doute, vous pourriez faire analyser votre sol. Évidemment, la décontamination est loin d'être à la portée de toutes les bourses. Mais pour pouvoir quand même jardiner, il existe quelques moyens pour contourner le problème si celle-ci est importante et qu'on ne peut l'éliminer. La solution la plus simple et la plus radicale est la culture en bacs et en pots dans du terreau neuf.

Personnellement, vivant dans une belle vieille victorienne centenaire, je me doute bien que toute cette vieille peinture grattée a été laissée là où elle est tombée, imprégnant le sol de plomb. Mais il y a deux bonnes nouvelles : les plantes n'ont pas naturellement tendance à absorber beaucoup de plomb. De plus, ce métal est stable et reste là où il est tombé. Il ne s'en ira donc pas par lui-même, mais n'ira pas s'étendre partout alentour. Et puis, quand les plantes l'absorbent, il se retrouve dans les tiges et les feuilles, pas dans les fruits des plantes potagères ou fruitières. Quant aux racines et tubercules, le plomb s'accumulerait surtout à leur surface (plus exactement, dans la terre qui colle aux racines). 

Par contre, la quantité de plomb imprégnant les fruits serait infime ou inexistante. Les mises en garde prodiguées par les gouvernements et universités concernent donc les feuilles, racines et tubercules des légumes. Des plantes donnant une récolte de fruits sont donc considérées comme sécuritaires à manger sans précautions particulières. N'oubliez pas qu'au sens botanique, un fruit est la partie de la plante qui est porteuse de semence (graines ou noyau) et qui provient d'une fleur fécondée : tomate, courge, piment, concombre, aussi bien que raisin, fraise ou pomme.

L'Université de Californie considère qu'il y a plus de risques pour le jardinier à inhaler de la poussière contaminée au plomb pendant ses activités de jardinage qu'à consommer ses légumes s'ils sont bien lavés. Pour les récoltes de feuilles, racines et tubercules, elle conseille les mesures suivantes: 

- Déposer de la terre neuve pour former des plates-bandes surélevées afin d'éviter que les légumes entrent en contact avec le plomb.
- S'assurer que le sol est très riche en matières organiques, car celles-ci emprisonnent le plomb et empêchent les plantes d'y accéder.
- Y ajouter un compost riche en phosphore et tenir le pH neutre ou légèrement alcalin (mais pas en haut de 7,5 pour ne pas nuire à la santé des plantes). Éviter les sols acides, qui stimulent l'absorption du plomb par les plantes.
- Bien laver les feuilles, frotter les racines pour en détacher toute trace de terre, peler la peau des tubercules.

Juste au pied de l'escalier de pierres, un petit
plant de melon d'eau Sugar Baby a réussi à me
donner 3 melons. En arrière-plan, on aperçoit
les feuilles vertes d'un plant d'aubergine.
Mais personnellement, je préfère être plus prudente encore. Donc, dans un rayon de 10 pieds (3 m) autour de la maison, à part les ornementales, j'ai décidé de cultiver seulement des plantes comestibles qui donnent des fruits : tomates, haricots, pois, cerises de terre, piments, fraises, par exemple. J'évite aussi les légumes-racines, même si la recommandation officielle est de simplement les éplucher ou de les brosser vigoureusement. Par contre, je ne me gêne pas pour cueillir et consommer les diverses fleurs comestibles qui enlacent la maison. Et bien sûr, rien ne m'empêche de cultiver en pots ou en jardinières les feuilles ou racines des autres légumes.

Hélène :


J'ai aussi lu que certains champignons s'imprègnent de plomb de part en part. Bien que le domaine soit encore jeune, des scientifiques ont réalisé qu'en effet, certains champignons avaient la capacité à nettoyer certains polluants, non seulement des toxines chimiques mais aussi des métaux lourds. Ce domaine se nomme mycorestoration et plus spécifiquement mycoremédiation (voici  mon livre-source et une conférence Ted Talk de Mr. Stamets sur le sujet).

Cette magnifique petite morille a poussé juste au pied de notre entrée de côté. Je ne sais pas si elle fait partie des champignons capables d'absorber le plomb ou d'autres métaux lourds, mais je n'ai pas voulu courir de risque. Je me suis contentée de la photographier...
Pour plus de détails ou pour commencer à faire votre propre recherche, vous pouvez consulter les publications suivantes :
Qualité du sol (Gouvernement du Canada)
Saturnisme (Wikipédia)
Home Gardens and Lead (University of California)