vendredi 26 septembre 2014

Qui a peur de planter des bulbes dans son jardin ?

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Louise
La toute première floraison printanière : un 
bulbe de perce-neige. Fin mars ou début avril,
selon l'hiver. Cette plante ne se multiplie pas 
chez moi. Elle m'est d'autant plus précieuse.
Établir un jardin de vivaces qui offrira une succession ininterrompue de fleurs, du dégel printanier pratiquement jusqu'aux premières neiges, n'est-ce pas le rêve de bien des jardiniers?

Pour atteindre ce rêve, il faut mettre à contribution les bulbes printaniers, car ils donnent les fleurs les plus hâtives et, en général, elles sont très colorées. Or, quand on fait exception des tulipes, qui fleurissent surtout en mai, on n'en voit pas si souvent dans les plates-bandes. Je me suis toujours demandé pourquoi. En me fiant à mon propre vécu, j'ai l'impression que plusieurs jardiniers, connaissant mal ces plantes, se laissent intimider. Mais je me trompe peut-être. 

Hélène
D'autres facteurs peuvent entrer en jeu. Par exemple, à l'automne, il est possible que cette tâche n'arrive pas en tête de liste, par manque de temps, ou parce qu'on n'a plus le goût de jardiner, surtout en sachant que la récompense ne viendra que 6 mois plus tard. Ça peut aussi paraître un investissement substantiel - il en faut quand même une certaine quantité pour démarrer, ce qui fait que la facture peut sembler trop importante, d'autant plus si le budget "jardin" a déjà été englouti et souvent même dépassé à cette date. 
La tulipe Chansonnette Triomphe est très grande et garde son immense fleur pendant plusieurs semaines. En fait, c'est vraiment impressionnant ! De plus, elle est très tardive (remarquez que les feuilles du tilleul sont déjà bien déployées), Elle fait partie de ces plantes phares chez moi. On ne peut s'empêcher de la voir dans toute sa splendeur, formant un anneau de beauté autour de mon petit tilleul.
Louise
Voici un gros plan de mes crocus "Ruby Giant"
à l'arrière de ma maison. Cette plate-bande est
ombragée par les arbres en été, mais en avril
leurs feuilles ne sont pas sorties et les crocus
ont tout le soleil pour eux seuls.
Pour ma part, je peux parler de mes propres réticences à planter des bulbes, dans l'état d'esprit où je me trouvais il y a quelques décennies. J'ai fait connaissance avec ces plantes après l'achat de notre première maison, lorsqu'au premier printemps dans notre nouvelle demeure, j'ai vu apparaître des feuilles effilées d'un vert rafraîchissant, tout contre le mur de béton des fondations. Ça s'est suivi par de belles fleurs jaune vif: des crocus, un régal pour mes yeux affamés de couleurs. Mais à cette époque, j'ignorais leur nom et je ne savais même pas que c'était des bulbes. Je ne devinais donc pas encore combien les bulbes printaniers pouvaient être précieux dans un aménagement. Obstacle numéro un, donc, mon ignorance. 

Le coloris des bulbes printaniers a de quoi satisfaire tous les goûts, car il comprend aussi bien les couleurs très vives que les teintes pastel les plus délicates. Ici, chionodoxes roses poussant à travers un tapis de couvre-sol variés.
Puis un jour,  je suis revenue à la maison avec une revue de jardinage sous le bras, à cause de la photo de couverture, une superbe talle de crocus jaunes et violets en mélange.
Mais c'était encore insuffisant pour me donner l'impulsion d'acheter de nouvelles variétés. Je n'aurais pas non plus osé multiplier les bulbes que j'avais déjà. J'aurais eu bien trop peur que cela les fasse mourir! Et puis, comment m'y serais-je prise alors que toute trace de mes crocus s'effaçaient quelques semaines à peine après leur floraison ? Obstacle numéro deux: ces satanées plantes disparaissent mystérieusement dès que leur feuillage se dessèche.

À l'achat de notre deuxième maison, pas de crocus dans le jardin. Seulement une talle de feuilles de tulipes qui n'a donné qu'une seule fleur. Tristesse. Je m'étais découvert un manque que je n'avais pas soupçonné jusqu'alors. Je me suis mise à lire tout ce que je trouvais sur le sujet des bulbes printaniers, rêvant de taches lumineuses écloses parmi la végétation brunie de mes quelques plates-bandes de l'époque. Je m'étais abonnée à un catalogue de plantes vivaces que j'avais reçu au printemps. Puis, j'ai reçu de la même compagnie, sans l'avoir demandé, le catalogue d'automne, qui présentait une impressionnante collection de bulbes.
Ce qui m'a confrontée à mon obstacle numéro 3: devoir planter ces bulbes en plein automne me paraissait un tour de force. Comment mettre en terre ne serait-ce qu'un de ces merveilleux bulbes à travers la végétation touffue de mes plates-bandes débordantes ?
Le rêve d'un printemps fleuri était pourtant si vif que, d'une main tremblante, le premier bulbe fût planté, malgré les nombreuses peurs qui m'assaillaient: 
la peur que les bulbes et les plantes voisines se nuisent mutuellement, l'emplacement choisi, le nombre de bulbes à mettre dans chaque trou, la profondeur et la distance entre chaque petit oignon... Mais un petit sac de bulbes après l'autre, la tâche devenait plus facile, la main tremblait moins, les peurs se taisaient. 
Chez Hélène, un anneau de narcisses autour d'un arbre amène couleur et gaîté. Plusieurs variétés se multiplient spontanément, comme ces Original Poet's, une variété patrimoniale.

Le printemps suivant, mes plates-bandes ont été colorées de quelques taches très hâtives, comme souhaité. Je vous partage ici quelques trucs et informations que j'ai découverts avec le temps et que je considère importants :

Pendant que le chat n'est pas là, les souris dansent. Autrement dit, les bulbes printaniers sont des plantes qui profitent d'un grand vide dans la nature, mais ce vide dure très peu de temps. En effet, au printemps, la végétation met un certain temps à se réveiller, puis elle prend un certain temps pour pousser. Les bulbes printaniers sont des petits vites qui se dépêchent de pousser, fleurir et refaire leurs énergies pendant qu'ils ont du soleil, de la pluie et de la place. Ils peuvent aussi profiter de toute l'attention des insectes pollinisateurs. Puis, ils disparaissent avant que d'autres plantes viennent leur ravir cet espace, cette pluie et ce soleil. Tout le reste de l'année, ils se font oublier, car ils sont retournés à un état de dormance prolongé. 
Plus les espèces de bulbes sont hâtives, plus elles sont petites et basses, car elles disposent de très peu de temps pour amasser l'énergie nécessaire afin de grandir et de réaliser tout leur cycle de vie active. Nous autres, jardiniers et jardinières, pouvons tirer profit de ce jeu de chaise musicale en faisant fleurir des bulbes exactement là où apparaîtront d'autres plantes plus tard. 
 
Nous sommes au début d'avril.
Ici, j'ai planté mes crocus par
talles de couleurs différentes
dans une plate-bande près du

 trottoir. Ils sont si hâtifs qu'ils
 sont en fleurs avant même que 
le gazon environnant ait eu la
chance de reverdir !


Même endroit, mi-mai. Les
crocus ont fané. Il reste leur
longues feuilles couchées en
avant-plan. En bleu, des petits
muscaris au parfum merveilleux.
On voit aussi la grosse feuille d'une
tulipe tardive qui ne fleurira
qu'en juin. Au fond, des narcisses

céderont leur place à des bulbes 
d'ail géant en juillet.































Pour maximiser les floraisons dans un espace restreint, on peut planter différentes espèces de bulbes dans la même fosse de plantation. Il s'agit de regrouper des espèces qui ont des hauteurs différentes ou mieux, des temps de floraison différents, comme le démontrent les deux photos précédentes. Par exemple, les crocus fleurissent fin mars, début avril. Les narcisses, fin avril, début mai, pour la plupart. Les variétés tardives de tulipes fleurissent seulement à la fin mai et même au début juin. C'est le cas des tulipes de Darwin et des tulipes Perroquet, entre autres. Dans la catégorie des bulbes à floraison petite et basse, les muscaris sont parmi les derniers à se pointer, autour de la mi-mai et jusqu'au début juin.

Il est plus facile d'installer des bulbes au moment de la création d'une nouvelle plate-bande. Il suffit de s'y mettre au début de l'automne plutôt qu'au printemps. C'est plus facile de planter les bulbes et les plantes voisines pratiquement au même moment, car on y voit plus clair pour disposer chacun à sa place.
Pushkinias bleu ciel, tout délicats, poussant au
travers d'un couvre-sol de petites pervenches. 

Les bulbes printaniers ne peuvent être dérangés que durant leur période de dormanceC'est-à-dire quand leurs feuilles ont bruni et sont complètement mortes. Si vous avez donc à déplacer des bulbes, vous devez leur laisser faire leur floraison, puis attendre que leurs feuilles brunissent. Ces feuilles qui restent vertes pendant quelques semaines après la floraison accumulent de l'énergie pour la future floraison. Si vous coupez les feuilles peu de temps après la floraison (pour déplacement du bulbe ou par esthétisme, par exemple), vous coupez court cette recharge et mettez en péril la floraison subséquente, car les bulbes risquent de mal supporter qu'on leur nuise pendant cette période cruciale pour eux. Mais si vous avez bien positionné vos bulbes par rapport aux autres plantes vivaces, ces dernières pourront graduellement cacher le feuillage jaunissant de vos bulbes.
Les vivaces qui grandissent lentement et forment sagement une talle bien délimitée sont des voisins idéaux pour les bulbes, puisqu'il laissent un espace autour pour creuser sans massacrer leurs racines. De plus, si leurs feuilles s'étendent largement dès le début de l'été, elles cacheront les feuilles jaunissantes des bulbes. Les hostas sont par exemple d'excellents voisins pour les bulbes. 
Bulbes vivaces rustiques et plantes annuelles ne font pas bon ménage. Une plante annuelle, par sa définition, doit être arrachée et replantée chaque saison. Il est facile d'abîmer les bulbes qu'on ne voit pas par un coup de pelle mal placé ou par un dérangement intensif du sol, ce qui est requis pour la préparation du site de plantation des annuelles. Donc, il faut éviter de planter ces deux types de plantes trop près l'un de l'autre.
Fleurs de jacinthe en rose et violet et des tulipes très hâtives en jaune pâle chez Hélène. La jacinthe est une des fleurs les plus odorantes. Une à deux branches est suffisant pour parfumer une pièce.

Les tulipes botaniques "Tulipa Tarda" se 
multiplient avec allégresse chez moi. J'ai 
acheté 10 bulbes il y a 15 ans, de quoi former une 
seule talle. Maintenant, j'en ai 6 ou 8 talles qui 
s'étendent d'année en année. Je n'ai eu qu'à

semer les graines qui se forment dans des
 capsules après la floraison.
Pour s'éviter du travail et des coûts, il vaut mieux choisir des bulbes qui ont tendance à se multiplier. J'adore le parfum des jacinthes et la beauté des tulipes perroquets, mais je n'en achète pas, car chez moi, ces bulbes ont toujours rapidement dégénéré. Les jacinthes sont les pires, car dès la deuxième année, leur floraison est décevante. Ça dépend bien sûr de l'emplacement: chez Hélène, les jacinthes arrivent à se multiplier. Quant aux bulbes estivaux, comme les dahlias et les glaïeuls, ils ne sont pas rustiques. Il faudra donc les sortir de terre en automne et les entreposer pour l'hiver, pour ensuite les replanter au printemps, ce qui est tâche hardue à refaire chaque année, mais qui pourrait très bien fonctionner dans une plate-bande d'annuelles.
À gauche, 2012. À droite, 2013. Comme quoi, certains bulbes se multiplient sans se faire prier.

Par contre, il existe une foule de bulbes qui se multiplieront et reviendront en force l'année suivante, donnant de plus en plus de fleurs à partir de talles de plus en plus grosses. Chez moi, c'est le cas des crocus, scilles, chionodoxes et muscaris. Les narcisses, dont font partie les jonquilles, se feront aussi graduellement plus nombreux (quoique les talles passent parfois par une multiplication de petits bulbes qui ne donneront pas beaucoup de fleurs avant plusieurs saisons). Les tulipes de jardin, qui portent le nom latin Tulipa Gesneriana, et dont l'origine se perd dans la nuit des temps, ont des hybrides de toutes les formes et couleurs, mais plusieurs de ces hybrides ne donneront que de la feuille dès la deuxième année. Les tulipes dites botaniques, c'est-à-dire toutes les espèces de tulipes sauf la tulipe de jardin, sont appelées ainsi parce que, contrairement aux tulipes de jardin, on peut retracer leur origine à l'état sauvage. Elles sont souvent portées à se multiplier si elles sont heureuses là où on les a plantées. Chez moi, c'est le cas des Tulipas Greigii, par exemple. J'ai maintenant plusieurs talles de Tulipa Tarda, car je les laisse monter en graines que je ressème ailleurs lorsque les cosses sont bien sèches. Les tulipes de Darwin reviennent avec tant de fidélité pendant de nombreuses années que certains catalogues les vendent comme des tulipes "vivaces". 
À l'opposé, plusieurs hybrides de tulipes de jardin commencent à s'affaiblir dès la deuxième année.
Hélène : Une petite tulipe qui était supposée être bleue (on m'a vendu les mauvais bulbes), mais qui est néanmoins fabuleuse: elle est la plus hâtive de toutes, faisant plusieurs fleurs sur le même bulbe et fleurissant en même temps que le chionodoxe mauve vu à ses côtés.

Chez Louise, tulipes botaniques "Tulipa Bakeri" poussant à travers une talle de phlox rampant. Les deux floraisons forment un effet ton sur ton. 

Hélène:
Ces gros pompons élancés à 3 pieds du sol par une tige fluette ajoutent une touche féérique au jardin de juin. Après la floraison qui dure quand même quelques temps, mon fils a eu un malin plaisir à jouer avec ce bâton d'où pendait une tête lourde de graines. Un bâton de magicien sans égal!
Étant bien aguerrie avec les bulbes printanniers, je me suis lancée à l'aventure avec les bulbes d'été (enfin, début été), ceux d'oignons décoratifs. Et bien que deux d'entre eux m'ont été chippés par des lapins, le spectacle est magique, surtout pour les petits, donnant au jardin l'impression qu'il est envahi par de grandes bulles de savon flottantes. Qui plus est, ces alliums se retrouvent sous plusieurs formes, couleurs et grandeurs. 

Et maintenant, avec autant de possibilités, plongerez-vous, vous aussi dans l'aventure des bulbes?
De l'Artemise (Artemisia Schmidtiana 'Silver Mound'), des fraises et de la bugle rampante (Ajuga Reptans) émergent les tiges des Alliums. Même le hosta géant en avant-plant ne peut rivaliser en hauteur!

Louise : Pour des conseils judicieux sur la méthode de plantation des bulbes et sur leurs conditions de culture, je vous réfère à l'article de Larry Hodgson.  

samedi 9 août 2014

Trop bleu pour être vrai

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Photo fin printemps, des hostas, des fougères et des myosotis.

Hélène :
Ce n'est pas qu'il est inexistant, mais vous avez peut-être remarqué que, dans le monde végétal, le bleu pur est plutôt rare. Les myosotis dans la photo du haut sont un bon exemple d'un bleu ciel franc ; comme la bourrache d'ailleurs (et bien d'autres que je ne nommerai pas tous).

Cette centaurée, bien que bleutée, tire plus
sur le violacé et son centre magenta assure
que la fleur soit bien visible. Les appareils
photo ne rendent pas toujours les couleurs
avec précision.
J'ai déjà entendu dire que c'est parce que les pollinisateurs ont du mal à faire la différence entre les fleurs bleues et le ciel, et donc, avec l'évolution, les plantes auraient laissé de côté cette belle couleur. Que ce soit vrai ou non, ma bourrache fait malgré tout le plaisir de mes abeilles!

Mais voilà, plusieurs catalogues de jardinage exposent un nombre impressionnant de spécimens qui sont sensés être bleus, leur présentation étant souvent suivie d'un slogan vendeur indiquant qu'il n'y a pas plus bleu que celui-là. Et comme les tops modèles, les fleurs photographiées dans la plupart des revues de jardinage ont aussi leur lot de retouches, surtout au niveau de la couleur.

Cette anémone se nomme supposément anémone bleue et si on en croit une
des photos qui l'a déjà vendue, je n'ai pas reçu la bonne plante...

Hors, il n'y a pas que la retouche photo qui peut faire une drastique différence entre la plante qu'on s'attend à avoir et la plante que nous recevons finalement. La composition minérale du sol peut également influencer la teinte des fleurs. Par exemple, certains jardins produiront des fleurs de teinte pêche, alors qu'en principe, elles auraient dû être rose pur. Lorsque nous avons emménagé dans notre maison actuelle, il y avait dans le jardin un cultivar d'hydrangée dont les fleurs auraient dû être bleues (enfin, le plus bleu possible) si le plant avait été en sol plus acide mais qui n'était que d'un mauve délavé avec une fleur bleue ici et là.

Louise: Dans mon jardin, j'ai des chrysanthèmes jaunes très tardifs (Chrysanthemum rubellum "Mary Stoker") qui ont une tendance marquée à varier leur teinte. J'ai déjà vu chez d'autres jardiniers des talles  du même cultivar qui sont d'un jaune rosé assez extraordinaire. 

Chez moi, elles arborent deux teintes très distinctes. Celles qui ont été plantées tout près d'un demi-baril de bois ceinturé de métal sont d'un bel orange brûlé. Je crois que les bandes de métal, en rouillant, ont saturé le sol de fer, que la plante a probablement absorbé dans ses tissus.Avec le temps, la talle s'est étendue de plus en plus loin du demi-baril. Résultat : les fleurs arborent au moins trois teintes différentes et les plants les plus éloignés tirent vers le jaune "autobus scolaire" en vieillissant. 

Comme quoi se fier uniquement aux photos des magazines ou à ce que la plante devrait ressembler selon sa description nous réserve parfois des surprises...
Les chrysanthèmes Mary Stoker (Chrysanthemum Rubellum) ont une forme de marguerite. Ils fleurissent beaucoup plus tard que les autres chrysanthèmes et sont si résistants au froid qu'il leur faut généralement plusieurs nuits sous zéro et une grosse bordée de neige pour en venir à bout. Les fleurs assez jeunes sont jaune paille (dans le fond) et se teintent généralement de rose en vieillissant. Mais leur teinte peut varier selon l'endroit où la plante est installée. Au travers, les capuchons bruns sont les coeurs de graines de mes rudbeckies hirta. À leur pied en avant-plan, des orpins (Sedum Spectabilis).

dimanche 20 juillet 2014

Le tournesol obstiné

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Hélène:
5:00. Du matin. Puisque ça fait 2 heures que je fais de l'insomnie, je sors du lit et me glisse dehors, sur mon balcon arrière en robe de chambre. Le lever du soleil est superbe et les oiseaux pétillent comme une bouteille de soda bien brassée. Qui a dit que vie en banlieue de Montréal ne veut pas dire diversité? Car les oiseaux - d'après leurs cris - il y en a plusieurs sortes, par ici. Mais je ne les reconnais pas. Je n'ai jamais appris à les différencier (peut-être un jour!).

Je m'assoie dans un de mes fauteuils extérieurs et j'apprécie le jardin. C'est à ça qu'il sert, entre autre, à me relaxer et me recentrer. C'est plutôt charmant en fait, ce matin. Pas un seul nuage, il fait assez chaud, les cris joyeux des oiseaux, ma chatte Buttercup, couchée pas loin et... un tournesol qui me fait la gueule?

Je fronce les sourcils et je l'observe, lui (le seul), qui a la tête tournée vers la haie de cèdre, comme un écolier qui fait le piquet dans le coin de la classe. Il ne manque que le bonnet d'âne, ma foi! Mais qu'est-ce que tu fais, tournesol? Ça, c'est le nord!


Alors, l'héliotropisme, c'est quoi?
Selon la définition de Wikipédia, c'est "un mouvement diurne d'une partie de la plante en réponse au changement de direction du soleil". C'est l'attraction vers le soleil, et le premier exemple qui vient en tête à part les grand-parents qui vont en Floride (si, si, c'est la définition no.2), c'est le tournesol. Bon, d'accord. Alors qu'est-ce qu'il fout, mon tournesol, à regarder le Nord?

Eh bien, le matin, la position peut varier. Mais dès que le soleil se lève, la tête du tournesol se tournera vers l'Est et suivra jusque vers l'Ouest. Enfin. C'est la théorie.

Pourquoi je vous parle de tout cela?
Parce que ce n'est pas la première fois que je remarque que les têtes de tournesol, ici, elles regardent dans toutes les directions et bougent très peu! Et à part ce cas extrême du tournesol qui fixe la haie de cèdre avec beaucoup d'engouement, durant mes 6 années dans ce jardin, je n'ai jamais remarqué de tournesol qui suivait véritablement le soleil comme une horloge.

La variété du tournesol obstiné ci-haut mentionné, c'est soit Giganteus, soit Early Russian; en tout cas, le spécimen dont je vous parle indique déjà que la cime aura plus d'une fleur, soit une grosse et 2 à 4 plus petites. Dans un tel cas, quelle fleur devrait suivre le soleil de toute façon?
Voici un exemple qui date de 2011 d'un
tournesol à plusieurs têtes.
Mais voilà, c'est le nom, l'attrape. On assume que c'est la fleur qui suit le soleil. Mais pourquoi le ferait-elle? Elle ne peut pas faire de photosynthèse, après tout. Et c'est là, si on regarde la définition d'un peu plus proche, qu'on comprend: "C'est un mouvement diurne d'une partie de la plante". Et quelle partie de cette fabuleuse plante aurait besoin de suivre le soleil pour maximiser son énergie? Les feuilles, bien sûr! Regardez à nouveau la photo du tournesol qui fait la gueule (la deuxième de cet article) prise à 5:30 - 6:00 du matin. Voici aussi une photo prise à la même heure mais derrière le feuillage qui montre merveilleusement que les feuilles sont bel et bien tournées vers l'Est.

 Voici une photo cadrée similairement à celle du haut, mais prise à 9:00 du soir.

La tête a à peine bougé (résultat du tronc qui a penché légèrement vers l'Ouest au cours de la journée), mais les feuilles - celles du plant qui a déjà une fleur comme celles des plants voisins qui n'en ont pas encore - sont maintenant orientées Ouest et bas alors qu'au matin, les feuilles s'orientent Est et haut, comme si elles voulaient toucher le ciel.

Et donc, voilà. Je n'ai pas réussi à me rendormir ce matin-là, mais j'en ai appris un peu plus sur le géant du jardin. Et après une nouvelle lecture de mon texte, il semble que j'ai la prose plus facile lorsque je manque de sommeil... ce qui augure un futur douloureux pour ma carrière d'écrivaine.

Louise :
Les recherches et observations d'Hélène ont été pour moi une révélation. Moi aussi, j'avais déjà remarqué que mes fleurs de tournesols ne faisaient pas ce qu'elles étaient sensées faire. Et pourtant, il ne m'est jamais venu à l'esprit de contester ce savoir populaire qui veut que la fleur se tourne vers le soleil. Nous prenons tellement pour acquis certains "savoirs" que nous en venons parfois à ne même plus faire confiance à notre expérience personnelle. Bonne leçon pour moi !
On dirait vraiment un groupe rock dont le chanteur nous tourne le dos, alors que les choristes font leur numéro de danse pour l'audience...

jeudi 26 juin 2014

La rhubarbe, une question de créativité

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À une époque de l'année où les fleurs des plates-bandes manquent souvent de hauteur, les plants de rhubarbe font une floraison spectaculaire de plus de 120 cm (4 pieds) qui, à elle seule, peut justifier leur présence au jardin. Plusieurs sources vous recommanderont de ne pas laisser vos plants fleurir, pour conserver toute leur énergie à la production de tiges et de feuilles.
Mais j'ai assez de plants pour nos besoins, alors je les laisse me charmer par leur beauté. Ici, on les voit en fin de floraison.

Hélène:
Trop amère à mon goût pour être mangée nature et, trempée dans le sucre, je trouve ça un peu trop croustillant. La rhubarbe semble à priori limitée dans son usage. Mais après quelques recherches et tentatives, voici quelques idées qui pourraient vous intéresser.

La confiture de rhubarbe est délicieuse et facile à faire, quoique longue à cuire pour évaporer le surplus d'eau. Tout est affaire de goût personnel bien sûr, mais pour satisfaire la plupart des palais, elle demande aussi beaucoup de sucre.

Je vous propose un petit truc plutôt facile: quand je fais cuire ma confiture de rhubarbe, j'ajoute de l'eau en surplus et lorsque les morceaux commencent à se défaire (environ 20 minutes de cuisson),  je passe le liquide au tamis. Il est alors d'un beau rose (ou rouge si j'ai incorporé des fraises).  Un peu plus de cuisson pour que ce jus se transforme en sirop et on obtient une merveilleuse base pour un soda à la rhubarbe. Certains diront sûrement que de séparer l'eau et le jus de la confiture enlèvera du goût à cette dernière. Louise trouve son goût moins astringent et plus doux, mais personnellement, je n'ai  pas noté de différence. Ça varie d'un dégustateur à l'autre, je suppose.

À gauche, le sirop de rhubarbe et fraise et un pot de confiture rhubarbe-fraise. À droite, un sirop  uniquement composé de rhubarbe (de l'an passé) et une verre de soda à la rhubarbe (moitié-moitié sirop de rhubarbe et eau gazéifiée). 
Il y a bien plus à faire avec la rhubarbe: du gâteau renversé à la rhubarbe trouvé dans ce fabuleux livre, encore disponible dans les librairies Renaud-Bray, jusqu'à la délicieuse Croustade à la rhubarbe et fraise de notre banlieusarde préférée, Martine (la recette est aussi dans son livre, que je vous recommande fortement!), on s'aperçoit finalement qu'on est bien loin du bâton incrusté de sucre!


 Note: La recette complète du sirop à la rhubarbe vient de ce livre (en anglais), que je vous ai déjà recommandé dans d'autres articles, si je ne m'abuse. Le sirop de rhubarbe se congèle facilement directement dans une bouteille et ne prend presque pas d'expansion, à cause de son taux élevé de sucre. 

Louise : 
Un substitut au jus de citron :
J'ai été très surprise et enthousiasmée d'apprendre, il y a quelques années, que nous pouvons utiliser le jus de rhubarbe dans la plupart des recettes qui demandent du jus de citron. Comme chez moi, une petite bouteille de jus de citron véritable finissait toujours par se gaspiller, j'ai tout de suite décidé de congeler mon jus de rhubarbe pour le préserver de ce sort malheureux. Rétrospectivement, il m'apparaît évident que j'aurais pu faire exactement la même chose avec le jus de citron ! 

Ma première source d'approvisionnement a été fortuite : j'ai découvert par hasard qu'en décongelant de la rhubarbe coupée en tronçons, une bonne partie de son jus s'était séparé. Je l'ai donc récupéré, j'en ai recongelé la moitié et réservé le reste pour cuisiner avec. Mes essais étant concluants, j'ai décidé de m'en faire une réserve.
Par la suite, j'ai utilisé un extracteur à jus. J'avais d'abord pris la précaution de couper mes tiges de rhubarbe en tronçons très court pour éviter que de longs filaments viennent s'enrouler autour des lames de l'appareil. Ce dernier s'étant retrouvé à la casse, j'ai maintenant recours à la méthode que je trouve la plus simple.


Quatre grosses tiges de rhubarbe et
un quart de tasse d'eau m'ont donné
une tasse de jus de rhubarbe non sucré
et autant de confiture. Je trouve que
quand on enlève le jus de cette
manière, il faut moins de sucre
 pour sucrer la pulpe. La rhubarbe
contient une bonne dose de vitamine C.


J'utilise la recette de confiture de rhubarbe d'Hélène, mais avec quatre variations. D'abord, je ne mets pas de sucre. Ensuite, j'ajoute juste assez d'eau pour recouvrir le fond de ma casserole. Puis, je garde le couvercle dessus pendant toute l'opération, pour ne pas perdre la vapeur. Je sépare le jus de la pulpe à l'aide du tamis, tout comme Hélène. J'obtiens ainsi un jus pratiquement non dilué, que je ne filtre pas plus et qui est bien assez acide pour remplacer le jus de citron.

Comme Hélène, je récupère la pulpe et ce n'est qu'à ce moment-là que j'y ajoute du sucre ou du sirop d'érable, avant de remettre ma confiture à cuire pour quelques minutes de plus.  








Je congèle mon jus de rhubarbe en portions de 20 mL (4 cuillères à thé) pour utilisation au besoin. J'imagine que je pourrais le faire congeler dans des moules à cubes de glace, mais je préfère recycler de petites bouteilles à médicaments. Je regroupe ces bouteilles dans un contenant plus grand et hermétique. Et voilà, j'ai ma réserve à portée de la main pour jusqu'au printemps suivant ! 
Il y a quelque chose de profondément satisfaisant à produire soi-même un substitut local pour un ingrédient aussi exotique que le jus de citron. Et puis, mon jus est entièrement bio, par-dessus le marché !


Parlons un peu de la culture:
On peut commencer à récolter les pétioles (autrement dit, la tige des feuilles), sur des plants provenant de boutures de racines, dès la deuxième année de leur installation en terre. La recommandation habituelle est de ne pas récolter plus des deux-tiers du plant à la fois, mais on peut se permettre une deuxième récolte vers le mois de septembre. Ces plants seront au sommet de leur productivité pendant 5 à 10 ans. Par la suite, la récolte sera moins abondante, mais les plants produiront jusqu'à l'âge de 50 ans et parfois même un siècle, selon Wikipédia. 

Un plant de rhubarbe mature (à partir de 3 ans, environ) peut produire des hampes florales. On dit que les cultivars les plus anciens sont plus portés à le faire que les cultivars modernes, d'ailleurs. Il est possible de produire des plants de rhubarbe à partir des graines, mais selon certaines sources, ce serait plus difficile sous nos latitudes. Si vous voulez essayer, vous pourrez trouver des explications assez aisément sur Internet. Bien sûr, les plants seront encore trop petits pour commencer une récolte dès la deuxième année.
Les graines de la hampe florale.
Comme je laisse mes plants fleurir, afin de ne pas trop les stresser pendant la floraison, je préfère faire ma récolte après celle-ci. Je coupe les hampes florales avant que les graines mûrissent et ensuite, je récolte les pétioles. 

Le fait de couper les tiges et de sacrifier les feuilles, qui sont d'ailleurs toxiques, expose la terre autour des plants sur une assez grande surface. J'étends donc les feuilles entières en paillis pour redonner à la terre les nutriments qu'elles contiennent, potassium et phosphore, surtout) et pour protéger le sol de l'érosion et du dessèchement. 

Les feuilles se décomposent assez rapidement. Mais, de par leur toxicité, elles ont un effet inhibiteur remarquable sur les mauvaises herbes. Souvent, j'étends une couche de compost ou de fumier par-dessus les feuilles et je termine par une légère couche de paillis (généralement, des feuilles mortes de l'automne précédent).  
Les petites feuilles toutes neuves de la rhubarbe commencent à pousser en Avril!

lundi 5 mai 2014

Pas besoin de faire du sirop pour profiter de l'eau d'érable !

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Louise :
Le printemps est enfin arrivé et nous avons une nouvelle locataire pour le prouver!
Notre nouvelle locataire, la proverbiale marmotte, a choisi d'élire domicile sous la remise. On la voit qui prend un bain de soleil, entre le baril de pluie et la brouette.
Après un hiver ponctué de deux verglas, qui s'est avéré très froid et qui n'en finit plus de finir, la production de sirop n'a commencé ici qu'au tout début avril et encore, lentement, à cause du temps froid qui a persisté. Production médiocre quant à la quantité, mais riche en apprentissages ! D'abord, un imprévu nous a fait revoir nos méthodes d'ébullition du sirop, ensuite, nous avons appris à apprécier l'eau d'érable de diverses façons. Enfin, nous avons filtré notre produit fini pour une toute première fois.

Problème imprévu : 
Voici l'apparence du
dessus de la nouvelle cuisinière
après environ six heures de

cuisson de moyenne à forte
intensité (avant tout
effort de nettoyage).
L'an passé, nous nous sommes rendu compte avec stupeur que le fait de faire bouillir quoique ce soit sur notre nouvelle cuisinière avait un effet d'usure prématuré fort désagréable sur ce nouvel électro-ménager. Je me dois donc de vous en parler. 

D'abord, il faut dire que nous avons fait notre sirop à la maison sur la cuisinière durant de nombreuses années sans problème. Mais c'était sur notre ancienne cuisinière, un vieux modèle des années soixante.

Avec la nouvelle cuisinière, un modèle plutôt bas de gamme en émail blanc, ce n'est pas la même chose. En effet, avec les années qui passent, sa surface devient de plus en plus difficile à nettoyer. Or, faire disparaître des gouttelettes d'eau d'érable caramélisée demande une bonne dose de frottage, ce que la cuisinière n'apprécie pas. C'est que l'émail blanc n'est pas de qualité suffisante. Il se raye facilement, puis la saleté s'incruste dans ces fissures et ne veut plus en partir. 

Je me suis donc dit qu'il fallait absolument en parler sur ce blogue, pour mettre nos lecteurs en garde. Je me suis aussi demandé comment nous y prendre autrement pour faire bouillir notre sirop. Il y a bien quelques méthodes alternatives, dont je vais vous entretenir plus bas, mais la méthode la plus simple d'utilisation de l'eau d'érable est aussi la plus évidente !

Ah ! Divin jus d'érable !

Quoi faire avec toute cette sève ? Tout d'abord, la boire, c'est délicieux. Elle est pleine de nutriments en suspension et elle se conserve très bien quelques jours au réfrigérateur. Elle remplace agréablement le verre de jus du matin et elle est très désaltérante. Petit rappel : consommez avec modération pour vous laisser le temps de vérifier l'effet que l'eau d'érable a sur votre organisme. Certaines personnes ont tendance à faire de la diarrhée quand elles boivent beaucoup d'eau d'érable. Quant à moi, aucun effet du genre. Je pourrais en boire toute la journée.

Vous pouvez aussi congeler l'eau d'érable pour usage ultérieur. Mais attention ! Sachez que lors de la congélation, le sucre et les nutriments se séparent de l'eau et ils congèlent en dernier. Durant la décongélation, c'est le contraire. Ce sont les éléments solides qui dégèlent en premier. Donc, si vous voulez avoir une sève vraiment plus sucrée, n'attendez pas que toute la bouteille soit décongelée pour vider le liquide et  le consommer. Quant à lui, le bloc de glace qui restera dans la bouteille, une fois décongelé à son tour, ne goûtera pratiquement pas sucré.
Au contraire, si vous préférez le taux de sucre original de votre eau d'érable et si vous avez l'intention d'utiliser tout le contenu de la bouteille, attendez qu'il soit complètement décongelé avant de vous en verser un verre.
J'ai utilisé des bouteilles de jus en plastique pour entreposer notre eau d'érable.On peut remarquer que le produit est plus blanc dans le haut de la bouteille. Ce n'est pas un effet de la lumière. Les sucres et les éléments nutritifs semblent être remontés dans la partie supérieure du contenant.
C'est la toute première année que nous nous faisons des réserves d'eau d'érable congelée. Cela se fait très facilement et, à cause de sa teneur en sucre (3 à 5%), la sève de l'érable à sucre ne prend pas beaucoup d'expansion durant le processus. (J'imagine que ce serait la même chose avec la sève de l'érable noir, qui produit lui aussi une sève contenant sensiblement le même taux de sucre, mais moins le cas avec la sève des autres espèces d'érables, car ils ont une moins grande concentration en sucre.)
Après avoir filtré notre eau d'érable, nous pouvons en emplir une bouteille pratiquement aux trois-quarts et la mettre au congélateur sans bouchon durant une heure ou deux. Une fois son contenu congelé, la bouteille est pleine jusqu'au bord. 
Si vous touchez la glace à la surface d'une bouteille entièrement congelée, vous aurez la surprise de toucher une glace très molle qui se transforme rapidement en sirop collant au contact de votre doigt. Goûtez : c'est très sucré. Il ne restera qu'à remettre le bouchon et voilà ! 

Ce phénomène de séparation du sucre et de l'eau a amené des chercheurs de l'Université Laval à travailler sur une méthode de production du sirop d'érable par congélations successives, l'idée étant de retirer les glaçons à mesure qu'ils se forment, puisqu'ils contiennent surtout de l'eau et très peu de sucre. 

Rappelez-vous qu'une seule entaille peut donner 40 litres de sève, les bonnes années. Donc, selon l'espace disponible dans votre congélateur et selon la quantité de bouteilles que vous pourrez utiliser, vous pourrez prolonger le plaisir pendant un bon bout de temps.

Et pourquoi ne pas utiliser l'eau d'érable en cuisine ?

On peut donc se servir de l'eau d'érable comme si c'était un jus de fruit ! Mais elle a plusieurs autres usages, en ajout dans différentes boissons ou comme ingrédient dans une recette. Cette année, mon mari et moi en avons consommé au moins une vingtaine de litres frais et nous en avons donné aux parents et amis. Différentes recettes utilisent l'eau d'érable telle quelle.
Personnellement, à la suggestion qu'une lectrice, Isabel, nous a fait l'an passé, j'en ai utilisé pour remplacer l'eau ou un liquide quelconque dans des soupes, aux carottes, à la courge et aussi au poulet, nouilles et maïs. Mais il me reste à l'essayer dans la soupe aux navets ! J'ai aussi mis de l'eau d'érable dans des smoothies, dans du gâteau et du glaçage à gâteau. J'ai fait cuire des pièces de viande en ragoût et du jambon dans l'eau d'érable. J'ai déglacé mon jus de cuisson après avoir passé des steaks à la poêle. Il existe donc plusieurs façons de l'utiliser.
Depuis peu, il est possible d'acheter l'eau d'érable à l'année longue dans les épiceries. Elle peut s'employer telle quelle ou on peut la faire bouillir. Le lien que je viens de vous donner a plusieurs recettes faites à partir de petites quantités d'eau d'érable. À vous d'expérimenter.
Tout ceci pour vous rappeler que vous pourriez entailler votre érable même si vous n'avez pas l'intention d'en faire bouillir la sève.

Quant au sirop lui-même, mon amie Carmen m'a raconté qu'elle avait vu sur internet une cure de désintoxication au sirop d'érable, au jus de citron et au poivre de cayenne. J'ai fouillé à mon tour et j'ai rapidement trouvé une recette en français que je n'ai pas essayée, mais que je vous soumets quand même, si vous aimez les cures.

Quant à faire bouillir notre sirop autrement, quelques autres solutions s'offraient à nous

D'abord, je rappelle que, si on n'est pas trop pressé, un poêle à bois est tout indiqué pour faire évaporer l'eau d'érable lentement. Mais nous n'en avons pas dans la maison. 

Comme méthode première, nous avons donc décidé d'utiliser la cuisinière quand même, mais en faisant évaporer la sève à feu beaucoup plus bas. Il y a moins de gouttelettes qui éclaboussent autour de la marmite et la surface du poêle atteint des températures moins élevées, donc il y a moins de caramélisation. Ça marche bien, mais il ne faut pas avoir de grandes quantités d'eau d'érable en attente de se faire évaporer, car le processus est pas mal plus lent. 
 Une connaissance de ma soeur disait que ses parents avaient l'habitude de mettre un grand chaudron d'eau d'érable sur feu minimum avant d'aller se coucher. Le lendemain, le plus gros de l'évaporation était complété et ils se retrouvaient avec du réduit prêt à bouillir pour la transformation finale. Nous avons donc utilisé cette méthode, mais seulement durant la journée, quand quelqu'un est dans la maison, par mesure de sécurité. Efficace, moins dur pour la cuisinière, moins demandant pour nous, car nous ne nous sentons pas obligés de rester à côté du chaudron et en plus, la source de chaleur étant moins forte, sa contribution au chauffage général de la maison est plus uniforme.

La deuxième méthode que nous avons testée cette année : utiliser un BBQ ou un réchaud extérieur - l'un comme l'autre au gaz propane. Quelqu'un nous a prêté un réchaud extérieur semblable à celui-ci. Efficace, mais pas économique du tout. De plus, il faut s'installer dans un endroit à l'abri du vent et, autant que possible, faire bouillir quand il ne fait pas trop froid dehors, sinon on se retrouve à "chauffer le dehors" autant qu'à faire bouillir la sève. Si on se fie à notre expérience, le sirop produit de cette manière coûte au moins aussi cher que celui vendu en épicerie.

La troisième méthode, pas encore essayée : le poêle à bois de la remise. Mais pas de chance car, à cause d'un autre projet, nous n'avions plus de réserve de bois à brûler. Or, habitués comme nous le sommes à récolter gratuitement notre propre bois de chauffage à partir du bois mort de notre terrain, nous ne voulions pas acheter une corde de bois de chauffage (nous sommes un peu radins, par moments).

La quatrième : fabriquer un "poêle fusée", en anglais, "rocket stove", un petit poêle extérieur qui dégage beaucoup de chaleur en consommant très peu de bois, sous forme de petites branches, de retailles et de baguettes. Pas question de brûler des bûches dans ce type de poêle pour l'extérieur. 
Un "rocket stove" est très économique à l'usage, et très facile à construire et démonter, mais il faut respecter les proportions optimales pour les dimensions de l'âtre et de la cheminée si on veut un rendement optimal sans fumée ou presque, ce qui fait qu'on ne peut pas utiliser n'importe quelles dimensions de briques ou de blocs de ciment. Notre prototype a fait de la fumée, ce qui veut dire qu'il ne brûlait pas les gaz de combustion et donc, qu'il ne dégageait pas autant de chaleur qu'il aurait dû (en plus d'être polluant). L'évaporation se faisait donc lentement, comme sur un poêle à bois intérieur. Le design sera donc à revoir. Je ferai d'autres essais et je vous en reparlerai. 

Enfin, merci à Glenn pour avoir partagé sa méthode dans son commentaire du 21 avril 2014. Si je trouve une de ces anciennes friteuses-mijoteuses des années 70, je vais probablement me risquer à l'essayer !




Vive la filtration !

 Cette année, mon mari a acheté une feuille de feutre blanc servant à filtrer le sirop d'érable qu'il a acheté dans un magasin spécialisé dans l'appareillage pour l'acériculture. Nous en avons coupé un carré de petites dimensions pour en tapisser notre entonnoir. 
Il est doublé d'un filtre à café ayant pour rôle de retenir les plus grosses particules. 
 Nous avons versé peu à peu le sirop bouillant à travers les deux filtres.
À mesure que les particules solides se sont amassées et que le sirop a refroidi, la filtration s'est faite de plus en plus lente, si bien que les premières tasses de sirop ont pris quelques minutes à peine à passer à travers les filtres, alors que les dernières tasses ont mis quelques heures à le faire. Il a donc fallu faire preuve de patience. 
Mais le résultat en a valu la peine, puisque ceci élimine la "lie" dans le fond de nos pots. 
J'ai appris récemment que ce dépôt provient de l'eau d'érable elle-même. Il est composé de minéraux naturellement contenus dans la sève. Durant le processus d'évaporation, ces minéraux se cristallisent et descendent au fond du sirop. Le sirop est donc parfaitement comestible même avec la présence de dépôt.

La prochaine fois, nous avons l'intention de filtrer notre produit alors qu'il est encore à l'état de réduit épais, puis de reprendre l'ébullition jusqu'à arriver à la consistance du sirop. Nous pourrions ainsi le verser dans les pots propres et secs alors qu'il est encore bouillant, ce qui nous permettrait d'obtenir ensuite une fermeture des couvercles à vide.

Un sirop clair et pur.