mercredi 30 septembre 2015

La bonne mine de la capucine

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Hélène :
Nous avons fait l'éloge des fleurs d'hémérocalle, nous avons décrit l'éclat de la fleur de bourrache, et chuchoté à propos de la douceur de la violette. Même si c'est un arbre, la fleur du tilleul a elle aussi capté toute notre attention. Dans cet article, je tiens à vous décrire la vivacité d'une jolie plante annuelle: la capucine (Tropaeoleum Majus).

De toutes les fleurs comestibles, c'est celle dont le goût est le plus prononcé et est étonnant:  la fleur a un goût poivré!

Louise :
Les capucines sont des plantes très intéressantes à faire découvrir aux enfants. En effet, leurs grosses graines sont faciles à manipuler par de petites mains, leurs fleurs sont très voyantes et abondantes et leurs feuilles en forme de bouclier sont rigolotes et très faciles à identifier.
Aucune partie de ces plantes ne sont toxiques, mais attention aux graines achetées pour faire vos semis : certaines compagnies les traitent avec un fongicide et dans ce cas, pas question d'en croquer et il vaut mieux se laver les mains après les avoir manipulées.
Cette précaution mise à part, en plus de la fleur, la feuille, la tige et justement... la graine immature et encore verte (grosse comme un pois) sont comestibles, saveur de poivre toujours au rendez-vous, et plus concentrée dans la semence. Cette graine peut être marinée et remplace très bien les câpres, d'ailleurs.
En cette fin Septembre, les autres plantes peinent. Pas la capucine. Elle fait encore maintes fleurs. Voici la capucine géante qui déborde allègrement de son espace attitré sur la pierre et qui escalade vers l'arrière les asclépiades. Elle ensevelit sous son passage la lavande et si la saison n'était pas si courte, je m'attendrais à perdre mon arrosoir et les jouets du jeune de la maisonnée sous toute cette exubérance végétale!

Dans une fraisière, deux variétés de capucines dont une à feuilles panachées.
Les plants de capucines sont offerts dans des variétés naines (30 cm - 12 po de haut),  normales, géantes ou même grimpantes (180 cm - 6 pi de haut). Les fleurs ont des teintes qui vont du jaune très pâle au rouge profond, en passant par l'orange et l'abricot. Il existe même quelques variétés au feuillage panaché de blanc.
De la capucine rouge, très rouge!


Comme plante compagne au potager, la capucine a le mérite d'attirer les pucerons à elle (pendant qu'ils festoient sur ses feuilles, ils laissent les autres plantes tranquilles) et d'éloigner d'autres insectes nuisibles. On peut la mettre à proximité de tout légume, mais elle est particulièrement utilisée près des tomates, des choux, des radis et des courgettes. Je sais que certains jardiniers la trouvent efficace au pied des arbres fruitiers.

Comme je l'ai déjà mentionné dans un article précédent, je ne plante pas beaucoup de fleurs annuelles dans mon jardin, mais les capucines font exception, car elles ont tant de qualités ! J'en sème toujours une demi-douzaine de plants.

Du même paquet de graines ont éclos des fleurs orange-feu et jaune-soleil.
 Hélène:
Quant à moi, comme vous le voyez, la capucine à sa place partout aussi; dans les plate-bandes, mais aussi dans les pots. Il m'est fréquent d'ailleurs de ne pas avoir à replanter des graines. C'est une autre de ces plantes qui revient facilement chez moi, si je prends soin de laisser quelques graines sur place. 
Voici une variété grimpante que j'avais placé dans une fraisière.


J'affectionne personnellement les fleurs en ajout dans une salade. Leur couleur vive apporte un "punch" inégalé à la laitue frisée verte, comme nulle autre fleur ne sait le faire. D'ailleurs, en faisant le ménage du jardin aujourd'hui, j'ai tant accroché la capucine que l'air avait une odeur poivrée! Sûrement pas assez pour éternuer, mais le parfum de la suspecte était particulièrement présent et plaisant.

Combat sauvage ici entre la patate et la capucine. Qui gagnera?

Et le comble du bonheur: alors que tout est en train de mourir et sécher au jardin, elle a toujours fière allure. En fait, c'est à la chaleur de l'été que la capucine peine chez moi et dès qu'il y a un petit vent frisquet, elle se ravigote et produit - semblerait-il - une dernière explosion de fleurs colorées, comme pour saluer la saison!
Récolte de patates juste aux côtés de la capucine. Cette dernière ne s'est pas offusqué de ce dérangement, elle reste très belle même si je l'ai presque déracinée!

mardi 18 août 2015

L'hémérocalle, un arc-en-ciel de possibilités

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Bol de fleurs pour concoctions légères. Les pétales de mes différentes hémérocalles sont ici groupées avec d'autres fleurs et herbes du jardin (vous voyez les fleurs bleues en étoile de la bourrache, la feuille ciselée de l'aneth, la petite fleur rose et magenta à 5 pétales de la mauve (Malva Sylvestris) ainsi que sa feuille dans le coin bas-droite du bol, le persil dans le fond et, dans le coin bas-gauche du bol, l'énorme feuille ronde de la capucine, ainsi que ses fleurs, cachées sous le reste), tout ça pour une délicieuse salade.
Hélène:
Nous avons déjà fait un article sur la comestibilité des pousses d'hémérocalles en mentionnant rapidement que les fleurs se mangent aussi, mais nous n'en avons jamais parlé en profondeur. Et pourtant! Puisque la fleur est si éphémère (elle ne dure après tout qu'un jour, d'où sont nom anglais "Daylily" -  lis d'un jour), je n'ai aucun mal à les utiliser à toutes les sauces.
J'en fais aussi des en-cas comme sur la photo à gauche, où je farcis de fromage Boursin au poivre deux fleurs d'hémérocalle (moins leurs pistils) que je ferme avec deux brins de ciboulette à l'ail. Je dois néanmoins y aller en petites quantités; si la pousse (la feuille) d'hémérocalle peut donner des crampes abdominales, les fleurs - bien que moins fortes - peuvent le faire aussi. La modération a bien meilleur goût, quoi. Il est à noter que les fleurs d'hémérocalles foncées ont tendance à avoir un petit goût métallique; les fleurs pâles sont donc préférables lorsqu'on les consomme.

 Mais je ne me contente pas de les utiliser que pour leur goût, non! Les hémérocalles sont tellement diverses en couleurs, formes et grosseurs qu'elles s'apprêtent bien à une fantaisie toute simple: j'en pare mes cheveux! Ça ne dure bien sûr pas toute la journée, mais elles ajoutent un brin de bonheur sans pareil!
...Au plus extravagant des couvre-chefs.
Du tout simple...




















Comme je disais, le choix dans les variétés d'hémérocalles est large, sûrement qu'il y en aura une pour vous! Et qui plus est, c'est une plante tellement facile au Québec, l'espèce 'Fulva' peut même être trouvée à l'état sauvage! Voici la petite sélection que j'ai réussi à intégrer à mon petit jardin de banlieue:
Pétales longues ou rondes, contour droit ou plissé, de rouge vif à un beige-pêche (en passant par les violets foncés et les jaunes francs), bien que la fleur soit éphémère, l'hémérocalle à tout pour plaire!

vendredi 10 juillet 2015

Le tilleul, arbre extraordinaire

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Hélène:
Saviez-vous qu'il existe un feuillu dont les feuilles peuvent être utilisées en salade? Et que ses fleurs font une tisane d'un arôme incomparable? 

Je vous invite à découvrir le Tilia, de son nom latin (Lime, Linden ou Basswood tree en anglais - le nom Linden provenant de la souche germanique Linde), mais pour moi, il s'appelle laitue vivace, puisque ses jeunes feuilles en forme de coeur sont délicieuses et puisque, tout au contraire de la pomme de laitue annuelle, il revient année après année. On s'entend que c'est beaucoup moins de travail dans le jardin.

Le tilleul  et l'homme ont une histoire commune qui remonte à loin. En Europe, le tilleul devient un des arbres symboles de la révolution française. Il est aussi, avec le chêne, l'arbre de la justice, car à une époque, les procédures judiciaires se faisaient en son ombre. L'arbre de la danse pour les nouveaux mariés, symbole de l'amitié et de la fête, il se trouve même sur le blason de la ville de Linthal (notez encore la souche germanique dans le nom de cette ville), en Alsace. L'odeur de ses fleurs en faisait un symbole sacré chez les chrétiens et ainsi plusieurs églises du moyen-âge avaient des tilleuls plantés à proximité.

Tisane de tilleul maison et amélanches du jardin. Quoi de mieux pour la pause de 4 heures.

 Personnellement, c'est par l'entreprise québécoise la Courtisane que j'ai découvert la tisane de tilleul. À l'époque, ce qui m'avait charmée de leur produit, c'était la simplicité des ingrédients: un seul, de la fleur de tilleul. Sans contredit, il s'agit d'une de mes tisanes préférées, à l'arôme divin, mais léger et qui donne un breuvage légèrement rosé. La fleur reste tout de même étrange: elle est cirée au toucher. Son parfum enivrant fait le plaisir des abeilles et autres insectes (il faut en effet bien nettoyer les fleurs avant de les faire sécher!). 
Il est quand même à mentionner que - selon le Wikipédia (français seulement, ce n'est pas indiqué dans la page similaire en anglais) et une autre source dénichée d'une recherche google - quelques rares espèces de tilleul sont toxiques pour eux.  Mais la grande majorité sont, au contraire, une source alimentaire importante pour ces derniers, assurez-vous donc de sélectionner une variété non toxique pour nos petits amis. Durant la floraison en début d'été,  ils sont si nombreux à fréquenter cet arbre qu'on peut entendre un bourdonnement continuel à longueur de journée.

Si vous récoltez vous-même pour faire vos tisanes, comme moi et Louise le faisons, vous pouvez prélever uniquement la fleur ou encore, récolter aussi les bourgeons, les fruits, les tiges florales et les bractées (ces "ailes" d'un jaune verdâtre, étroites et longues à la base des tiges florales). Selon mon expérience, les bourgeons et les fruits sont plus difficiles à faire sécher, mais sont quand même aussi bons. Le tilleul est aussi merveilleux en mélange: j'ai acheté une tisane à la Fête du chocolat de Bromont qui est un mélange de rooibos, fleurs de tilleul et agrumes absolument fabuleuse.

Fleurs de tilleul à sécher avec mon déshydrateur.


Mon tilleul est encore tout jeune: planté chez moi en 2013, il avait alors seulement 2 ou 3 ans; mais il me fait une quantité de fleurs impressionnantes et ses feuilles sont délicieuses.  Vous le voyez ici à gauche, avec de l'épiaire laineuse (Stachys Byzantina), des marguerites et une variété d'heuchère très foncée (les feuilles bourgogne à la base de l'arbre).

Lorsqu'il sera grand, le tilleul prendra, selon le cultivar, une belle forme conique ou arrondie. L'ombrage qu'il donne est dense et puisqu'il s'agit d'un arbre qui peut faire 35 mètres de haut, c'est un détail à prendre en considération lorsqu'on en plante un. J'ai planté le mien devant ma maison en espérant qu'il apportera un peu d'ombre à ma façade exposée au Sud-Ouest, car à l'intérieur, il fait très, très chaud lors de canicules.


La variété que j'ai est le Tilia Americana "Redmond" et je peux attester que le goût de la feuille est très bon. Parmi les autres variétés recommandées à cet effet, vous avez le Tilia Cordata "Greenspire" et le Tilia X Europaea, ce dernier étant recommandé par Martin Crawford, leader anglais des jardins forestiers (forest gardens) dans lesquels le tilleul détient une place d'importance. Si le sujet vous intéresse, je vous recommande deux livres écrits par Mr. Crawford: Creating a Forest Garden et How to Grow Perennial Vegetables. Bien que les deux livres soient en anglais et fassent démonstration de plantes en climat britannique (le sud de l'Angleterre, plus spécifiquement), ces livres sont tout de même d'une valeur incomparable, même ici, au Québec. 
Les jeunes feuilles restent préférables pour la consommation, car la feuille mature - quoique toujours comestible - devient coriace. Elle peuvent être utilisées en salade certes, mais aussi dans un potage ou un ragoût. Leur mucilage épaissit légèrement le liquide du plat auquel on les ajoute.  Bien sûr, les jeunes feuilles sont très abondantes au printemps, mais on peut quand même les cueillir tout au long de la saison estivale, tant que l'arbre produit de nouvelles feuilles, en fait. Par contre, la récolte est plus longue, puisqu'il faut prendre soin de sélectionner les feuilles suffisamment jeunes.

Le vert franc de ces feuilles annonce qu'elles ont déjà un certain âge. 
Mais les plus petites sont encore minces et tendres. 

Ces feuilles vert pâle sont plus récentes et donc, plus tendres.
Ces petites excroissances rouges sont causées par la gale cornue du tilleul
Elle n'affectent en rienla santé de l'arbre, mais si on tient 
quand même à s'en débarrasser, il existe des traitements naturels.
Louise: 

Je confirme la déclaration d'Hélène : les feuilles de tilleul sont délicieuses. En salade, je les utilise en mélange avec d'autres verdures. J'en garnis mes sandwiches et j'en ai déjà ajouté à des smoothies de petits fruits. 

Quand je travaille dans le jardin, j'aime bien aussi en grignoter quelques-unes au passage. J'ai remarqué qu'une dizaine de feuilles suffisent souvent à me faire patienter jusqu'au repas. Pas surprenant, car elles contiennent une bonne dose de protéines. On peut d'ailleurs les moudre finement pour en faire une farine verte très nutritive. Je n'ai pas encore essayé, mais un jour, je vais bien trouver le temps d'en produire. Il parait qu'on peut tirer 300 g de farine à partir d'un kilo de feuilles séchées. Il me reste aussi à les utiliser en pesto, à goûter les bourgeons et à voir si on peut congeler les feuilles pour usage ultérieur. J'imagine que oui.

En permaculture, le tilleul est un des arbres particulièrement affectionnés, car ses usages sont très nombreux. 
- C'est un arbre très ornemental qui peut faire un bon brise-vent et qui peut aussi servir de support aux vignes à raisin.
- Il résiste aux sécheresses aussi bien qu'aux inondations et aux tempêtes. Certaines variétés sont plus résistantes que d'autres au poids de la neige et du verglas.
- Ses feuilles peuvent être données à manger au bétail. Je sais d'expérience personnelle que les lamas et les cerfs de Virginie en raffolent et qu'ils mangent aussi les jeunes rameaux. 
- C'est un accumulateur dynamique de potassium et de calcium. Ses feuilles sont donc bienvenues comme apport dans le compost ou dans le paillis.
- Il supporte très bien l'émondage (pollarding, en anglais), et aussi l'entretien en taillis  (coppicing, en anglais), deux techniques très répandues en Europe pour exploiter plusieurs espèces d'arbres, mais très peu connues en Amérique. En fait, ces techniques ont même pour effet de prolonger la vie du tilleul. L'entretien en taillis ou l'émondage, pratiqué tous les 2 à 7 ans permet d'obtenir des branches assez basses pour faciliter la récolte des feuilles. Pratiqué moins fréquemment, les branches sont plus longues et plus grosses. Par contre, le fait de tailler un tilleul l'empêche de fleurir, généralement.
 - Ses grosses branches peuvent servir de bois de chauffage, de poteaux, de perches, ou encore de bûches supportant la culture des champignons. 
- Ses branches plus petites sont assez flexibles pour être tressées en paniers.
- Son bois est utilisé en ébénisterie et en lutherie, entre autres usages. Il se sculpte aisément. 
- À partir de son écorce interne, on peut fabriquer de la corde, des tapis et même du tissu. 
- On peut recueillir sa sève (durant le débourrage des bourgeons), comme on le fait pour les érables (encore une chose que je n'ai jamais essayée). On peut la boire telle quelle ou la faire bouillir pour obtenir du sirop, mais le sucre est très peu concentré, alors il faut bouillir de grandes quantités de sève pour obtenir un peu de sirop.
- Il a des propriétés médicinales et est utilisé en parfumerie.

Hélène

En conclusion, cet arbre qu'on peut manger et boire, qui offre une ombre intéressante, qui est d'une grande beauté et qui partage avec l'homme un passé si riche, c'est un cadeau de la nature!
Si le tilleul et les marguerites sont symbole s'amitié, mon entrée de maison en devient invitante! Ce petit îlot de fleurs devant chez moi devient aussi un arrêt obligatoire pour une variété de pollinisateurs qui rendent visite au trio: l'épiaire laineuse (les cimes grises avec fleurs violettes), les fleurs de tilleul (on voit que celles-ci sont maintenant de petits fruits verts) et la marguerite.

lundi 1 juin 2015

L'argent ne pousse pas dans les arbres, alors...

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Louise : 
... alors, c'est une fort bonne raison pour "ne pas jeter ses choux gras" (alias chénopodes blancs - Chenopodium album en latin - Lamb's Quarters en anglais, cenizos en espagnol). Le chou gras est une "mauvaise herbe" très commune et tout à fait comestible. Donc, un jardinier qui arrachait les choux gras avec les autres mauvaises herbes était considéré comme très peu économe sinon carrément gaspilleur ! 
Mi-mai, le jardin est tout reverdi.
Orpin rampant (Sedum) et violettes blanches (Viola Alba).
Notez les feuilles mortes qui dépassent encore ici et là.

Je ne peux certainement pas me vanter d'être la reine des économes au jardin, mais tout comme vous, probablement, j'ai développé quelques façons d'économiser mon argent lorsque je jardine. Il peut s'agir d'un truc très astucieux ou simplement d'une idée toute bête, mais efficace et chaque fois, cela s'inscrit dans une approche générale qui reflète mon expérience personnelle et mes valeurs, ma façon de voir toutes mes pratiques de jardinage, ce qui me permet - ou non - de réaliser de grosses économies à long terme. 

La façon de chacun d'entre nous d'aborder le jardinage donne bien sûr des résultats très différents, du jardin très coûteux ou, au contraire, quasiment gratuit. Tout dépend donc de nos choix et priorités. Nous savons que nous avons réussi lorsque nos buts sont atteints et que le résultat correspond à nos valeurs. 

Je me souviens d'avoir lu, dans une revue de jardinage, un article présentant un jardinier qui avait réussi en quelques années à créer un vaste jardin féerique en n'investissant que quelques dizaines de dollars par année. Il avait récupéré tous les matériaux pour construire ses infrastructures (pergolas et petit pont inclus), avait emprunté tous les outils dont il avait eu besoin (parfois contre service rendu), avait fabriqué son propre compost et comptait sur la générosité de sa famille, ses amis et son voisinage pour s'approvisionner en boutures, graines et divisions de plantes et arbustes. 

Pendant ce temps, un autre jardinier prêt à payer le gros prix engagera une entreprise d'aménagement paysagé qui créera un jardin de rêve clé en main et qui pourra même se charger de l'entretien par la suite.

Mes dépenses de jardinage 
J'ai improvisé pour prolonger d'une saison la vie utile
de ce demi-baril qui tombe littéralement en morceaux :

J'ai utilisé deux sacs de plastique ayant contenu du
terreau, je les ai découpés sur les plis pour les ouvrir 
à plat et je m'en suis servi pour tapisser l'intérieur du 
 demi-baril, côté noir apparent vis-à-vis les planches 
manquantes. Ceci me permettra de garder un taux
 d'humidité plus acceptable pour mes plantes. 

Eh bien, elles se situent entre ces deux extrêmes. Quand je tombe sur un truc qui pourrait me faire économiser et que je le trouve facilement réalisable, je saute dessus. À une époque, j'ai investi beaucoup dans l'achat de plantes d'ornement, mais j'ai toujours été très frugale sur les outils de jardinage: je me débrouille pour pratiquement tout avec une brouette, une bonne pelle, une couple de truelles et de sécateurs à main et un grand sécateur à manches de 60 cm (2 pieds) de long pour couper les branches plus grosses. Pour l'entretien des arbres, nous disposons depuis peu d'une scie mécanique et d'une déchiqueteuse à branches. Avant, nous utilisions des outils manuels et beaucoup d'huile de coude pour ces tâches

Justement, je compte surtout sur nos arbres et une haie mature pour donner du relief au jardin, je n'ai donc pas eu à investir dans des constructions coûteuses. 
Pour démarrer mes semis, j'ai acheté une étagère lumineuse usagée, comportant trois tablettes, pour 100$ (je sais, j'ai été très chanceuse, car c'est vraiment rare d'en dénicher une à ce prix) et je me suis fabriqué un autre système à l'aide de 2 luminaires fluorescents neufs pour environ 70$. J'estime que mes semis me coûtent environ 27 cents par plant (15 cents pour les petites pastilles de tourbe 'Jiffy' qui nourrissent mon côté paresseux et le reste pour le terreau au moment du rempotage). Notez que dans ce calcul, je ne compte pas l'électricité (coût minime par plant) et le prix d'achat des graines, qui peut  varier beaucoup (de 1 cent à près de 1$ la graine). Je ramasse de plus en plus mes propres graines, mais j'en achète encore plusieurs variétés et je ne me prive pas.

 J'ai plusieurs jardinières et pots extérieurs, mais j'utilise autant de seaux de plastique recyclés. Je fais mon compost depuis plusieurs décennies, mais ce n'est pas suffisant, alors j'ai d'autres trucs. Mais nous reviendrons sur ce sujet plus tard.

Voici donc,  sur le thème de la (relative) frugalité au jardin, une première réflexion générale à travers quelques-unes de mes pratiques de jardinage :

Pratique numéro 1 : réduire les achats de végétaux
On peut acquérir de nouveaux arbres et arbustes et diversifier les espèces de plantes de notre jardin en échangeant des graines, des boutures et des divisions, c'est bien connu. 
 Les clubs de jardinage et les sites locaux de petites annonces en ligne sont deux bonnes ressources pour mettre les jardiniers en contact. 

Hélène : je me suis inscrite à un  site qui fonctionne aussi en français et qui s'appelle Plantcatching. J'ai déjà donné des plantes il y a deux semaines avec quelqu'un de mon coin.

Louise :
Mais lorsqu'on démarre un nouveau jardin, on part souvent de rien, alors logiquement, on n'a rien à échanger, n'est-ce pas ? Eh bien, non ! Puisqu'on a ses mains et son enthousiasme, on peut alors offrir ses services pour ratisser, désherber et retourner la terre en échange de divisions, de boutures, de vieux pots, d'un peu de compost, etc. En offrant à un autre jardinier de l'assister dans ses tâches et en travaillant à ses côtés, on évite le risque que notre travail ne lui plaise pas, puisqu'il est là pour nous diriger. De plus, quand on est novice, ceci nous donne l'occasion d'apprendre une foule de choses intéressantes. 

On peut aussi faire des cueillettes sauvages. C'est ainsi que, pelle à jardin en main pendant une promenade,  j'ai ramené chez moi quelques plants de myosotis, de géraniums à Robert et de violettes. Attention, par contre, de respecter les droits de propriété privée et les lois protégeant certaines plantes sauvages vulnérables et menacées. Parfois même, la cueillette permet de sauver une plante. Par exemple, une amie a partagé avec moi quelques-uns des bulbes d'ail des bois qu'elle avait prélevés dans un boisé juste avant que la machinerie lourde vienne tout raser pour construire des immeubles à logement. 

Hélène :
Une autre manière de réduire les achats de végétaux, c'est de parfois permettre à des plantes qui se sont invitées de s'établir dans nos jardins. Il est plus prudent de dûment les identifier tout de même. À chaque printemps, je me retrouve plus souvent qu'autrement avec des semis spontanés de toutes sortes qui prospèrent dans mes plates-bandes là où elles ne devraient pas;  ça donne des résultats parfois surprenants! Mais souvent, ça donne des plantes gratuitement! Par exemple, les écureuils m'ont amené des bulbes de toutes sortes. C'est ainsi que j'ai eu des crocus, car je n'en ai jamais planté.
Un jeune dirca des marais (Dirca Palustris), issu d'une graine, remplacera probablement son parent, dont on aperçoit deux branches mortes, car ce dernier a tellement grossi qu'il commence à obstruer la porte de notre remise. Le dirca des marais est un arbrisseau indigène aux forêts mixtes de tout l'est de l'Amérique du Nord. 
Louise - Pratique numéro 2 : miser sur les "chevaux" gagnants
On peut économiser une petite fortune en ne s'obstinant pas à faire pousser des plantes mal adaptées aux conditions de culture spécifiques à notre jardin. Cette leçon, je ne l'ai pleinement comprise et appliquée qu'après une dizaine d'années de jardinage.
Ceci dit, je n'ai rien contre le jardinier aventurier qui voudrait innover sous le ciel québécois, et qui parviendrait au bout du compte à obtenir une belle récolte de bananes, par exemple. Au contraire, beaucoup d'avancées horticoles - un peu moins spectaculaires, peut-être - se sont faites de cette manière, mais il faut alors accepter d'y mettre énergie, temps et parfois même dollars et ce, sans aucune garantie de réussite. 

On peut regarder ce que les voisins font eux-mêmes pousser avec succès. Ce n'est pas très original, je sais, mais cela augmente nos propres chances de réussite. Notez que même là, rien n'est totalement garanti dans ce sens. Par exemple, je pourrais vous montrer, dans certains jardins de mon patelin, de belles talles de lupins en pleine santé. Chez moi, ils dépérissent dès la deuxième saison et finissent par disparaître. Hélène se demande si ce n'est parce que mon sol est trop riche, le lupin requérant un sol pauvre. Il y a là matière à réflexion.

Ensuite, on peut apprendre à bien lire et comprendre les étiquettes des plantes pour vérifier si ces dernières ont des chances de vivre heureuses chez soi. Ensoleillement, humidité et pH du sol, zonage (qui est déterminé d'après les températures minimales en hiver) sont tous des facteurs à considérer avant de procéder à un achat. Notez que si vous demandez à un centre jardin de vous conseiller des plantes classiques qui ont fait leurs preuves dans votre région, vous prendrez pas mal moins de risques que si vous vous laissez tenter par la dernière nouveauté de l'année.
Personnellement, je me suis permis toutes sortes d'essais et j'ai souvent déménagé des plantes d'un endroit à l'autre dans le jardin, afin de dénicher l'endroit parfait pour elles. J'ai souvent fait quatre ou cinq essais afin d'implanter une espèce chez moi, parfois avec succès, au bout du compte, mais parfois sans jamais y arriver.

Pratique numéro 3 : certaines plantes sont plus rentables que d'autres
Certaines plantes, à condition d'être heureuses là où elles sont, nous en donneront plus pour notre argent que d'autres. 
Les narcisses font partie des plantes qui sont manifestement
très heureuses chez moi : elles supportent le sol printanier
humide, profitent du plein soleil avant la feuillaison des
arbres et sont contentes de se retrouver plus au sec dès le
début de l'été pour entreprendre leur longue période
de dormance. Par contre, quand les bulbes qui 
se sont

multipliés deviennent trop serrés, ils peuvent arrêter
de fleurir et il est temps de penser à la division des talles. 
Plantées pour former un anneau autour des jeunes arbres,
elles ont la réputation de décourager les rongeurs de
ronger leur écorce. Hélène a aussi lu que ça empêcherait
l'herbe de passer, mais elle mentionne des résultats peu
concluants.

   - C'est le cas des plantes ornementales vivaces, puisqu'elles vivent pendant plusieurs années et/ou cherchent à s'étendre ou se reproduire. La majorité le font par l'expansion de leurs racines ou de leurs tiges rampantes et parfois aussi par semis spontanés. Le jardinier peut aussi les aider en divisant les talles, ou en prélevant des boutures. Ces possibilités de reproduction font que les vivaces sont généralement plus rentables que les annuelles, même si elles peuvent coûter plus cher à l'achat. Elles demandent moins de travail, en plus. Par exemple, un hosta pourra vivre 60 ans et, pour le multiplier, il sera possible de le diviser après quelques années d'implantation. En plus, plusieurs variétés de hostas sont considérées par les japonais comme un légume avant tout

Attention, quelques vivaces supportent très mal de se faire transplanter. C'est le cas de la fraxinelle (Dictamnus Albus) qui, par ailleurs, présente suffisamment de qualités esthétiques pour contrebalancer ce caprice, sa plus grande valeur étant une floraison  haute et spectaculaire en mai.

   - Ceci dit, certaines annuelles ou bisannuelles arrivent à se reproduire sous nos latitudes en se ressemant spontanément ou, à tout le moins, en nous offrant leurs graines pour repartir de nouveaux plants au printemps suivant.  Myosotis (Myosotis), géraniums à Robert (Geranium Robertianum)violettes odorantes (Viola Odorata)matricaires (Matricaria)pensées sauvages (Viola Bicolor, Viola Tricolor et autres) et impatientes de l'Himalaya (Impatiens Glandulifera) proviennent toutes des mêmes plants d'origine et sont fidèles au rendez-vous année après année. Elles sont aussi plus ou moins envahissantes, si je n'exerce pas un minimum de contrôle en coupant les tiges de graines avant que celles-ci ne tombent au sol. 
Quel bonheur de voir les talles de crocus
émerger du paillis tôt au printemps et
de constater qu'elles prennent de l'expansion
année après année.
   - Certains bulbes se multiplient très généreusement. Parmi eux : narcisses, dont les joncquilles (Narcissus), crocus (Crocus), chionodoxes (Chionodoxa), scilles de Sibérie (Othocallis Siberica), tulipes botaniques, comme Tulipa Greigii et Tulipa Tarda. En quelques années, ces espèces se seront multipliées par 2, 5, 10 ou même plus. Mes scilles de Sibérie, par exemple, ont formé un dense tapis d'environ trente pieds carrés (10 mètres carrés). D'autres bulbes ne se multiplient pas ou presque pas (les jacinthes (Hyacinthus) et la plupart des variétés de tulipes cultivées sont les bulbes les moins coopératifs sur ce plan). Ma talle de perce-neige (Galanthus Nivalis) commence à peine à prendre un peu d'expansion après 20 ans de résidence chez moi ! Quant aux tulipes cultivées, je me suis lassée de ne profiter de leur beauté pratiquement qu'un seul printemps après leur plantation.

Des centaines de scilles de Sibérie, tous  issus
d'une douzaine de bulbes achetés il y a
plusieurs années. Comme ils retournent en

dormance peu après leur floraison printan-
nière, ils cèdent la place à d'autres vivaces.
   - Il existe aussi des arbres et arbustes qui se ressèmeront, produiront des rejetons près de leur base ou qui se laisseront bouturer, marcotter ou greffer, eux aussi.
   - Enfin, toute plante qui a plus d'une fonction sera nécessairement plus intéressante. Par exemple, tant qu'à installer un bosquet d'arbustes, pourquoi ne pas choisir un groseiller à maquereau (Rubes Uva-crispa) pour ses fruits et parce qu'il attire les insectes pollinisateurs pendant sa floraison, ou un goumi du Japon (Eleagnus Multiflora) pour ses fruits, pour attirer les insectes pollinisateurs ET parce qu'il fixe l'azote dans le sol) ? Vous avez assez d'espace pour planter un arbre ? Un tilleul (Tilia) vous offrira une silhouette très esthétique, des feuilles en forme de coeur, une bonne capacité à s'acclimater à la vie en ville, une floraison au parfum envoûtant, des jeunes feuilles délicieuses en salade,  une source de farine protéinée (feuilles matures moulues) et des fleurs qu'on peut faire sécher pour en faire de la tisane, en plus d'une ombre bienfaisante. Intéressant, non ?

Pratique numéro 4 : laisser sur place
On peut sauver une fortune en paillis commercial et en engrais, tout en évitant beaucoup de travail en arrosage, simplement en ne jetant pas nos débris végétaux secs aux poubelles, ni même au compost. Il suffit de conserver les sacs de feuilles mortes de l'automne précédent et aussi de couper, puis laisser sur place les parties aériennes de nos vivaces qui ont séché à l'automne (sauf pour les plants qui seraient affectés par une maladie, bien sûr). 
Pour plusieurs raisons, dont le manque de temps à l'automne, je préfère ne rabattre la végétation de mes plates-bandes qu'au printemps suivant. Dans notre article précédent, on peut voir l'effet sculptural de cette pratique une fois l'hiver venu. L'immense "arbuste", à gauche, est en réalité une vivace non comestible de la famille des légumineuses : le Baptisia (Baptisia Australis). Ses tiges sèches ont emprisonné une bonne quantité d'azote (un engrais essentiel pour la végétation). En les coupant en courts morceaux, je crée un paillis plus nourrissant que d'ordinaire.
Voici le même baptisia, photographié
sous un autre angle et presque entièrement
débité. J'étends le paillis qu'il produit
un peu partout, parfois très loin du
plant même, pour nourrir d'autres coins
du jardin.
Si vous n'aimez pas l'effet "désordonné" d'un tel paillis, vous pouvez soit attendre que la végétation pousse à travers et finisse par le cacher, soit acheter du paillis commercial pour l'étendre en devanture des plates-bandes, et réserver vos débris de jardin pour des recoins discrets, par exemple, au pied des arbustes positionnés en arrière-plan et autour de plants qui cacheront rapidement le paillis par leurs larges feuilles et leur hauteur, ou dont les multiples tiges emprisonneront les débris, les empêchant d'aller voler au vent. Il est bon de savoir aussi que certaines plantes produisent des débris végétaux particulièrement nourrissants pour la terre. C'est le cas des plantes ornementales de la famille des légumineuses (comme les baptisias, les lupins et les trèfles), tout comme c'est le cas des plantes accumulatrices de nutriments (comme la consoude et la bourrache; le pissenlit aussi, d'ailleurs). Ces plantes viendront diminuer grandement les besoins d'apports extérieurs en engrais et les arrosages. Alors, quand vous arrachez un plant de pissenlit, pourquoi ne pas l'étendre par-dessus le paillis, racines exposées à l'air libre, pour le laisser mourir dans un petit coin discret ? Vous viendrez enrichir le contenu en nutriments de votre sol, ce qui contribuera à la santé de votre jardin. Notez qu'avant de mourir, la plante consacrera ses ultimes énergies à produire des graines. Donc, pour éviter de ressemer des pissenlits, arrachez les fleurs et boutons floraux et jetez-les. En effet, une fleur bien développée ou déjà fanée pourra réussir à mûrir et donc, à produire des graines, même une fois séparée du plant. Elles sont coriaces, quoi ! 
Voici la même plate-bande, trois semaines plus tard. D'ici peu, plus rien ne sera visible du paillis de feuilles mortes et de tiges coupées que j'ai laissées au sol.

Je sais que plusieurs personnes protesteront que la  pratique de laisser les débris végétaux sur nos plates-bandes augmente le risque de propagation de maladies et d'insectes nuisibles. Elles ont raison, mais selon mon expérience, seulement lorsqu'il existe des facteurs défavorables dans notre jardin, par exemple:  
   - Lorsque les plantes sont à la limite de leur rusticité, ou ne bénéficient pas des bonnes conditions d'ensoleillement, de chaleur ou de fraîcheur, de pH, de type de sol ou d'humidité. En gros, une plante située dans un endroit dont elle peut s'accommoder facilement sera capable de se défendre contre la maladie, car elle disposera de toute l'énergie nécessaire pour le faire. Qui plus est, si votre sol est en santé, il contient bon nombre de micro-organismes (minuscules bibittes et bactéries) et de myconiums (champignons) bénéfiques qui créent une relation symbiotique avec la plante, la protégeant contre les maladies, lui fournissant les nutriments trop loin de ses racines et tout cela en échange d'un peu d'hydrates de carbone produits par la plante elle-même.
Dans le même ordre d'idées,  chaque fois que nous dérangeons le sol en le labourant, cela tue une bonne partie de ces microbes et champignons bénéfiques. Donc, quand on y pense, les plantes vivaces s'avèrent encore une fois un investissement fort intéressant, puisqu'elles nous permettent de ne quasiment jamais déranger le sol une fois qu'elles sont établies et donc, de préserver sa richesse et sa fertilité naturelles.
   - Lorsqu'elles n'ont pas comme voisines une grande variété de plantes ou même, quand elles sont carrément cultivées en monoculture, ceci représente un autre facteur négatif. J'ai visité un jardin qui ne contenait rien d'autre que de la pelouse (le gazon représentant une des plus grande monoculture en Amérique, d'ailleurs) et des rosiers de thé. Ils étaient plantés en une seule ligne le long d'une clôture de piquets, tout contre le trottoir public. De plus, le sol à leur pied était dénudé, donc toujours exposé à la sécheresse et aux intempéries. Ce jardin réunissait donc plusieurs conditions problématiques autour d'arbustes qui sont en plus réputés pour être des plantes fragiles et capricieuses sous nos latitudes. Dieu merci, la jardinière qui s'occupait de ces rosiers le faisait avec une vive passion et ne ménageait aucun effort pour bichonner ses protégés (elle ne ménageait pas non plus ses vaporisations chimiques, d'ailleurs).
   - Lorsque justement le jardinier a recours à ces pesticides à la vue de la moindre bibitte, cela tue aussi nombre de micro-organismes et d'insectes bénéfiques et qui déséquilibre l'écosystème local. Il faut aussi se rappeler que ces insectes bénéfiques prennent souvent beaucoup plus de temps à se reproduire que les parasites qui rappliqueront probablement plus vite que leurs prédateurs, ce qui laisse présager la nécessité d'une nouvelle application pesticide et qui entraîne le jardinier dans une spirale de problèmes et de frais récurrents, car acheter des pesticides saison après saison est définitivement une dépense d'ampleur.
Qui a dit que l'engrais provenant des feuilles mortes et autres débris végétaux était pauvre ? La terre provenant de cette plate-bande (photo ci-dessous) est noire, légère, riche et mes vivaces ne s'en plaignent certainement pas !
Une autre de mes plates-bandes, à la mi-mai. Depuis quelques décennies, l'engrais qu'elle reçoit est presque exclusivement un épais paillis de feuilles mortes qui la recouvre à chaque automne. Au printemps suivant, la plupart de mes vivaces arrivent très bien à émerger de ce tapis qui redevient spontanément aéré en séchant naturellement. J'ai d'ailleurs remarqué que les nombreux insectes qui y vivent y sont pour quelque chose : le soir, à la brunante, on peut facilement entendre de légers bruissements témoignant de leur activité. Quand une plante a un peu de mal à se défaire des feuilles mortes coincées dans sa verdure, je l'aide en l'en débarrassant et en dégageant un peu la base de la plante. Les bulbes (crocus et narcisses, par exemple) ont souvent besoin d'aide, car ils font des trous à travers les feuilles brunes et les soulèvent en poussant. On dirait qu'ils essaient de passer la tête à travers un vêtement trop petit pour eux !


Pratique numéro 5 : être curieux
J'aurais pu le mentionner en tout premier : pour arriver à faire une sélection de végétaux vraiment judicieuse, on n'y échappe pas, il faut investir de notre temps pour apprendre. Une démarche importante consiste à s'informer le plus possible sur toute plante, arbre ou arbuste qu'on envisage de planter chez soi ainsi que sur les végétaux qu'on y trouve déjà. Ceci commence d'ailleurs par la découverte de leur nom latin, pour bien s'assurer que tout le monde parle de la même plante. 
Personnellement, je trouve que les conseils prodigués par la plupart des revues horticoles et par les centres de jardinage sont un bon point de départ, mais ne suffisent pas toujours, car leur point de vue reflète souvent une approche traditionnelle et commerciale du jardinage - à quelques exceptions près. Il faut donc aller fouiller plus loin pour découvrir les vertus et défauts cachés de chaque plante. Comme vous le savez déjà, Internet nous ouvre la porte, entre autres, sur les pratiques en jardinage biologique et en permaculture. Plusieurs jardiniers partagent généreusement leur expérience et certains organismes ont mis en ligne des listes de végétaux intéressants d'un point de vue ou d'un autre.
Mes recherches m'ont poussée à inviter chez moi des plantes moins communes, comme l'uvulaire à grandes fleurs (Uvularia grandiflora), une belle plante de sous-bois, vivace, rustique et indigène au Québec, qui donne des fleurs jaunes en forme de clochettes au printemps. Elle a le statut de plante vulnérable, il est donc préférable de l'acheter d'un centre jardin. Notez qu'ici aussi, j'ai laissé en place le paillis naturel de feuilles mortes, me contentant d'aider un peu certaines plantes à en émerger, mais laissant la majorité des autres se débrouiller seules, comme cette talle de Kalimeris (Kalimeris Pinnatifida 'Hortensis'), qui prend toujours son temps pour émerger au printemps.

Ce genre de recherche est, pour moi, un bon moyen d'obtenir de l'information gratuite, mais il est toujours sage de contre-vérifier. Une bonne source de départ est Wikipédia. Par exemple, j'y ai trouvé la Mauve crépue (Malva verticillata) et j'y ai appris que les asiatiques la considèrent comme un légume. De là, j'ai pu confirmer par d'autres sites sa comestibilité et j'ai trouvé deux entreprises pouvant m'en vendre les graines.

Bonnes découvertes !