mercredi 17 août 2016

Le velours de la pêche, prise 2

This article in english.


Suite d'un article datant d'Août 2012.

Hélène:


Les fruits encore très verts.
Trois ans. Cela aura pris trois ans de repos à mon pêcher avant de me faire à nouveau des fruits. L'attente fut longue! Mais comme elle en valait le coup! Il a également fallu que je marche sur mes principes et que je concède à donner à cet arbre de l'engrais commercial pour aider à la fructification (je déteste avoir à ajouter ce genre d'amendement à la terre, mes principes de permaculture me dictant que si j'ai mis les bonnes plantes aux bons endroits, je ne devrais pas avoir à le faire). On m'a dit que de l'engrais de tomates ferait très bien l'affaire. J'en ai donc mis au printemps et à l'automne 2015, puis encore au printemps 2016 et nous voilà à l'été 2016. Heureuse de pouvoir annoncer que j'aurai cueilli et consommé 31 des 44 fruits que mon arbre a donné. J'en aurai perdu entre 8 et 10 aux écureuils qui, étant de véritables terreurs de la nature, ont goûté à plusieurs fruits non mûrs, les ont jetés au sol et ont pris la poudre d'escampette. Il y aura 2-3 autres fruits qui resteront dans l'arbre: mon échelle n'est pas assez haute et je ne souhaite pas me casser le cou pour une pêche - quoiqu'elles en vaillent quasiment la peine!

À quelques jours de la cueillette, on voit l'abondance.
 Je ne protège pas mon arbre. Je n'arrose pas mon arbre. Si j'avais plusieurs arbres, peut-être que j'utiliserais des méthodes pour mieux les protéger des parasites qui profitent énormément d'une monoculture. Mais mon jardin a tellement de plantes différentes - certaines qui attirent entres autres les prédateurs de ces parasites - qu'avec un seul arbre, les techniques commerciales ne sont pas nécessaires. J'avoue que je ne tiendrais pas non plus à arroser mon arbre avec du poison.

Mais il faut être prêt à avoir l'occasionnel fruit piqué, l'occasionnel fruit déformé. Il faut être prêt à souffler la vingtaine de fourmis qui se délectent de la chair à l'endroit où le fruit a été mâché par un écureuil (et je sais que ça, ça ne plaira pas à tout le monde, mais moi, ça ne m'embête pas. D'ailleurs, pour mes amis qui ont goûté à mes pêches, ne vous inquiétez pas, ces quelques fruits-là, je les ai gardés pour moi!). Malgré tout cela, j'ai eu vraiment une merveilleuse récolte, avec plus de la moitié qui était en parfaite condition et un seul fruit vraiment déformé.

 Note de Louise : Je crois que ton arbre s'est fort bien débrouillé. En effet, les producteurs agricoles récoltent eux aussi leur lot de fruits ou légumes moches ou abîmés. Mais il ne peuvent pas les vendre aux épiceries, d'habitude, car les consommateurs lèveraient le nez dessus.


On voit ici l'imperfection du fruit de gauche et la bouchée prise par un écureuil qui n'a finalement pas aimé à droite.
Des traces de piqûres d'insectes sont visibles sur mes fruits.
 J'ai donc eu des fruits savoureux et juteux (le genre de fruits qu'on mange au-dessus de l'évier), une chair qui se détache pratiquement toute seule du noyau et surtout, des fruits qui n'ont rien à voir avec les fruits grumeleux de l'épicerie. Mais pourquoi sont-ils comme cela, à l'épicerie? Il y a quelques raisons bien simples. 


Premièrement, ils sont cueillis verts ou a tout le moins, pas encore assez mûrs. S'ils étaient cueillis à point, ça serait de la purée après le long voyage (parfois des centaines de kilomètres) jusqu'à l'épicerie. Surtout des fruits délicats comme des pêches où la moindre bousculade réduit le fruit en compote.

Deuxièmement, les cultivars commerciaux sont choisis selon des critères bien différents de ceux du consommateur, mais qui font du sens pour le producteur. Plutôt que de miser sur le fruit le plus juteux, ou qui a meilleur goût, un producteur aura intérêt à avoir un cultivar qui se conserve bien, ou qui se transporte bien. Ainsi, le goût - bien qu'un critère important, n'est pas ce sur quoi le producteur base son choix lorsqu'il achète un cultivar. D'ailleurs, ce commentaire s'applique sur tous les fruits et légumes qu'on trouve en épicerie, des fraises de Floride aux bleuets du Mexique. Lorsqu'on va au marché local où les fermes du coin tiennent un comptoir, on peut s'attendre à ce que le goût - et non la transportabilité - soit plus important. Eux n'ont pas des centaines de kilomètres à faire pour vendre leurs produits, donc ils peuvent se permettre de choisir des cultivars qui sont réputés pour leur goût avant tout.

Louise:

Troisièmement la pêche, tout comme les nectarines, les bananes et les patates douces, ne supporte pas bien du tout la réfrigération, selon Ken Allen, qui explique pourquoi dans son livre Sweet potatoes for the home garden (page 32). En gros, les pêches étant naturellement portées à mûrir très vite après la récolte, elles doivent être réfrigérées avant d'arriver au consommateur. Mais ce processus affecte leur goût et leur texture et du moment qu'on les ramène à température pièce, par exemple dans un panier sur le comptoir de cuisine, plusieurs d'entre elles se mettent rapidement à pourrir, peu importe leur apparente perfection quelques heures avant.

De retour à nos pêches, je ne vous étonnerai donc pas en vous disant à quel point mes pêches - malgré l'attente de 3 ans - sont un franc succès. Elles n'ont pas d'égal et nous nous en sommes régalés!

Les récoltes de pêches et de framboises dorées se côtoient chez moi. Cela a fait plusieurs déjeuners de rois!
 

2 commentaires:

  1. Wow! Dites-moi, quelle est la variété (cultivar)? Êtes-vous en zone 5 ? Merci!

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    1. Il s'agit du cultivar Reliance. Oui, je suis en zone 5a (5b, c'est Montréal et je suis en banlieue de Montréal).

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