jeudi 1 juin 2017

La rainette faux-grillon


Hélène:
Le 23 Avril dernier, la ville de Boucherville offrait un atelier-découverte dans le Boisé du Tremblay, un sentier nouvellement inauguré et accessible au public depuis l'Automne 2016. J'y ai participé avec ma petite famille et nous avons eu beaucoup de plaisir à sillonner le sentier de 1,43km qui commence en route gravelée et qui se développe en passerelle de bois suspendue. Il en est ainsi, car le Boisé du Tremblay est un environnement humide en grande partie (les milieux humides sont classés en 4 grandes catégories: les tourbières, les marais, les étangs et les marécages).

Marécage arborescent, c'est-à-dire principalement composé d'arbres.

L'intérêt du Boisé du Tremblay est tout particulier: il s'agit d'un des sites où la population de rainettes faux-grillons de l'Ouest, Pseudacris triseriata  - une espèce classée vulnérable au Québec et menacée au Canada - y est la plus importante.

Cette petite beauté de la nature fait face,  malheureusement, à beaucoup de facteurs qui jouent contre son épanouissement.  

D'abord, elle ne mesure qu'un maximum de 3,7 cm, ce qui en fait un des plus petits amphibiens. Sa taille réduisant sa capacité à parcourir de grandes distances, son habitat se limite donc à un rayon d'environ 300 m autour de son étang. Une si petite surface est fragile aux changements et compte tenu qu'une rainette faux-grillon (ayant une espérance de vie de 1 à 2 ans) ne pourra se reproduire qu'une fois dans sa vie, une population peut disparaître en un rien de temps. Le but de cet atelier était donc d'informer et de sensibiliser la population. Voici d'ailleurs le manifeste du gouvernement du Canada sur la rainette faux-grillon.


Une toute petite rainette faux-grillon femelle au centre de l'image !
Il y a aussi le fait que, pour qu'un têtard arrive à maturité, les conditions doivent être parfaites. Puisque les rainettes se reproduisent dans des étangs temporaires, celles-ci ont besoin d'une bonne quantité d'eau (pas d'eau, pas de têtards; trop d'eau ou des nappes d'eau permanentes et le potentiel d'avoir plus de prédateurs, comme des poissons, est accru); cette hydro-période doit durer entre 80 et 120 jours (quoique les recherches sont encore en cours et ne s'accordent pas toutes sur ces chiffres) pour laisser le temps aux têtards de devenir rainettes. 
La forêt a les pieds dans l'eau et c'est donc l'idéal pour la période de reproduction de la rainette.
Lorsque nous avons fait la visite, nous pouvions entendre le chant des rainettes. Étant en pleine période de reproduction, le Boisé du Tremblay est normalement fermé aux visiteurs pour cette période (voir pancarte sur la photo qui suit), pour ne pas nuire aux amourettes. Notre petit groupe avait le privilège d'être guidé par des experts de la ville de Boucherville et les propriétaires de la terre (Nature-Action) qui avaient beaucoup de bonnes informations à nous transmettre sur la rainette, mais aussi sur le Boisé en général. Voici d'ailleurs leur site internet et les règles du Boisé: Nature-Action.

Lors de notre promenade guidée, nous avons néanmoins croisé quelques groupes de personnes qui semblaient faire fî du règlement, malheureusement.

Il serait bien ici de mentionner quelques-unes des règles du Boisé. Ces règles sont mises en place, rappelons-le, pour réduire au minimum la perturbation de ce lieu protégé. Par conséquent, et outre la période mentionnée ci-haut, les chiens ne seront plus permis à partir du 1e juin 2017. Bien sûr, tout véhicule récréatif y est interdit, en été comme en hiver. Rester sur les sentiers peut paraître comme une règle qui va de soi. Néanmoins, je crois qu'il est important de la formuler en bonne et due forme. Les déchets, les feux et toute forme de perturbation qui pourrait menacer le milieu sont à proscrire. Après tout, ce Boisé vaut la peine d'y faire attention!


Le sentier tortueux vu en arrière plan. Dans cette forêt, il y a beaucoup de frênes en péril à cause de l'Agrile du frêne, espèce exotique qui n'a pas de prédateurs par ici et qui fait des ravages.

Outre la courte période de temps de reproduction où il est demandé de ne pas s'y promener (du 10 avril au 8 mai), le Boisé vaut la peine d'être visité! Y étant allée à la fin du mois d'avril, j'y retournerai sûrement pour prendre des photos... plus vertes!


mardi 28 mars 2017

Windowfarms a fermé ses portes




Mon potager vertical, fait de pots de porcelaine.


Il y a quelques années, j'ai écrit deux articles sur ce blogue illustrant la possibilité d'utiliser une fenêtre pour faire pousser des légumes et des herbes dans un système hydroponique vertical de fabrication artisanale. De plus, je vous avais donné les adresses de l'organisation qui a rendu publique l'idée de ce système. 

Malheureusement, en décembre 2016, les activités de l'entité commerciale appelée Windowfarms ont pris fin. 
Les adresses suivantes windowfarms.com, windowfarms.org, et  mywindowfarm.org
ont été elles aussi désactivées, les deux dernières étant de domaine public. Avec cette fermeture, il semble que les articles que j'avais publiés sur le forum windowfarms ont été perdus eux aussi. Mais vous pouvez quand même consulter les sources d'informations suivantes :


Mes propres articles sur notre blogue  3 Jardins au Québec :

Il y a aussi, en anglais :
Un article sur Wikipedia qui explique l'évolution de cette organisation
Un court article sur WikiHow qui explique comment bâtir ce système en 10 étapes. 
Sur YouTube, Windowfarms' official channel est encore ouvert et sa dernière vidéo date de Novembre 2013. Elle présente un système très impressionnant installé au
New York Museum of Natural History.
La page FaceBook de l'organisation existe encore, mais leur dernière publication date de Mars 2016. 
Une page web a été créée par des citoyens Canadiens qui, après avoir participé au financement de l'entreprise commerciale Windowfarms, allègue qu'il ont été floués.
Il y a encore plusieurs vidéos en ligne sur les windowfarms, incluant un guide de construction en deux épisodes, un autre guide, conçu méthodiquement, et une vidéo présentant une amélioration technique astucieuse pour pousser l'eau jusqu'au haut de l'installation, le joint en T.

Un forum britannique a vu le jour très récemment, avec de nouveaux membres, une quarantaine pour le moment. Par conséquent, l'information qu'on y retrouve est encore très limitée.

Le cresson de fontaine a un goût poivré, ce qui en fait une addition délicieuse pour les salades !





Malgré sa défaite, qu'est-ce que Windowfarms nous lègue après sa mort ?

L'idée originale de "faire des cultures" à l'intérieur de notre foyer, sans même tenir compte des saisons et du climat, la technologie simple et abordable, la philosophie de partager plutôt que de breveter les idées, le souci d'une nourriture de meilleure qualité. Et par-dessus tout, l'inspiration !

vendredi 6 janvier 2017

La culture des légumes sur balles de paille - le début de l'aventure


Louise : 

Le projet qui me tenait le plus à coeur, lorsque nous avons acheté la terre au printemps 2013, c'était d'installer un grand potager. Il y avait un endroit tout désigné pour cela : un grand espace dégagé et naturellement bien drainé, dont le centre était exposé au soleil pratiquement du matin au soir. 

J'ai érigé l'entrée du potager entre un bosquet de
 lilas français (photo ci-haut) et un pommetier
décoratif au feuillage rouge vin (photo suivante).
2 bacs en cèdre et une arche faite d'une rambarde
récupérée ce sont glissés entre ces deux arbustes.
Cette installation faisait partie du petit jardin de
ville que nous vous avions présenté en avril 2013,
dans un article intitulé Le troisième jardin.

Malgré mon enthousiasme, j'ai dû patienter toute une année, car il y avait des besoins plus pressants dont nous devions nous occuper.
Ce n'est donc qu'au printemps 2014 que j'ai pu démarrer mon projet maraîcher. 
Pendant tout ce temps, j'avais eu le temps d'y réfléchir longuement et de changer d'idée une bonne douzaine de fois au moins avant de me fixer sur la marche à suivre.





Une bonne dose de travail :

Si j'ai trouvé l'aventure excitante et l'expérience beaucoup plus plaisante que d'avoir à détourber et labourer un champ de chiendent, le travail consenti n'a pas été négligeable non plus. Le transport et la mise en place des matériaux demande de la patience et des muscles. Le procédé de traitement des balles prend du temps, car il faut préparer les thés de compost, épandre les amendements et arroser. À l'eau tiède, s'il vous plaît. Or, l'eau provenant de notre puits est glaciale, hors de question, donc, d'utiliser directement le boyau d'arrosage. Il fallait donc laisser reposer l'eau dans des barils pendant toute une journée, puis aller porter cette eau tempérée avec des seaux et des arrosoirs. 

 L'installation des jeunes plants dans les balles demande aussi un certain effort, car il faut tasser les brins de paille - déjà très serrés les uns contre les autres - et parfois même en arracher une poignée pour y ménager un trou de plantation assez grand pour accommoder leur motte et éviter d'écraser leurs racines, puis remplir les interstices de terreau pour éviter que les racines se retrouvent exposées à l'air. Et puis, dans mon cas, il y a eu l'arrachage régulier de jeunes pousses d'avoine, qui a duré pratiquement tout l'été sur certaines des balles. De plus, les balles de paille ne retiennent pas bien l'eau près de leur surface. Il faut donc être vigilant et arroser souvent durant toute la saison, surtout les plantes dont les racines ne sont pas assez longues pour rejoindre le fond des balles.

 Une assez jolie facture :
    
     J'ai pu minimiser les coûts de plusieurs façons et j'estime avoir dépensé environ 450$ pour cette première installation de 150 balles. Pas si mal, pour un potager de cette grandeur. Mais si j'avais payé le plein prix pour tout, je me serais retrouvée avec une facture d'environ 1000$. Et cela, c'est sans compter le coût d'une installation d'arrosage automatique - dont nous nous sommes passés. D'abord, les engrais biologiques ne se donnent pas. Heureusement, j'ai beaucoup réduit mes frais en préparant mes propres liquides d'engraissement et en utilisant mon propre compost et le fumier de cheval à ma disposition. Pour les coûts de transport, une énorme remorque et un puissant camion nous ont été prêtés et nous n'avons eu qu'à payer l'essence. Mais ma plus grande économie a été faite sur la paille, que j'ai eu la chance d'obtenir au prix dérisoire de 1$ la balle (on m'avait parlé d'un prix moyen de 4$ la balle, cette année-là).

 Une liste d'inconvénients et de problèmes plutôt courte :

 Je crois que je vous ai clairement fait comprendre que l'installation d'un tel jardin n'est ni pour les paresseux, ni pour les gens très pressés, ni pour les jardiniers qui ne tiennent pas à exercer leur musculature.

     De plus, il nous a fallu arroser nos cultures abondamment, tous les jours, durant les périodes de chaleur sans pluie, sous peine de voir nos légumes se flétrir de façon notable. Certaines balles gardaient leur humidité beaucoup moins longtemps que d'autres, alors dans quelques sections du jardin, les légumes ont souffert de cette sécheresse. Mais plus les racines sont profondes, moins le manque d'humidité est un problème.


Un autre problème auquel il faut s'attendre : la corde de certaines balles peut casser, ce qui permet à la paille de s'affaler, ouvrant une crevasse béante dans les balles. Pour remédier au problème, on peut soit remplir la fente de terreau, soit la refermer en rattachant la balle (plus facile à dire qu'à faire) ou en l'étayant à l'aide de quelques piquets plantés à la verticale dans le sol, tout contre la paille qu'on prend soin de remettre en place au préalable. Il faut agir assez rapidement, surtout si les racines des légumes ont été mises à découvert, car une balle ainsi ouverte perd beaucoup plus vite son humidité.

      Comme dans le cas de la terre à jardin, il se peut que l'intérieur des balles de paille ne contienne pas tous les nutriments nécessaires à la croissance des plantes. Par exemple, à un moment, nos tomates ont manqué de calcium, problème que nous avons rapidement réglé en diluant quatre litres de lait écrémé dans leur eau d'arrosage (nous avions quarante plants de tomates). Un seul traitement a suffi. J'avais saupoudré des coquilles d'oeufs broyés en début de saison, mais le calcium qu'elles contiennent n'est disponible que l'année suivant sont épandage, paraît-il.

     Divers champignons poussent abondamment sur les balles à mesure qu'elles se compostent, mais cela n'a eu aucune conséquence sur notre santé et nos récoltes, comme on nous l'avait prédit. Naturellement, nous avons fait bien attention de ne récolter aucun de ces champignons et si, par exemple, une feuille de laitue était entrée en contact direct avec l'un d'entre eux, par prudence, nous ne la consommions pas.

     Le désherbage d'avoine n'était pas prévu et il a consommé beaucoup de notre temps, surtout durant le premier mois, comme je l'ai déjà mentionné à quelques reprises (je crois que cela m'a marquée). 

     Les semis sont plus difficiles à réussir sur une balle de paille qu'en pleine terre. C'est surtout parce que l'humidité est moins constante sur le dessus de la balle, mais il y a aussi le risque que certaines graines s'enfoncent trop profondément dans la paille. Plus les graines sont volumineuses, plus les chances de succès sont grandes, comme on pourrait s'y attendre. Les graines de citrouille ou de haricots, par exemple, réussissent à germer assez bien.


Tout à bâtir :

-     
     Le site choisi était couvert d'une vigoureuse pelouse de chiendent et de mauvaises herbes persistantes, comme du pissenlit, du plantain, de la bardane, de la petite oseille ou du rumex crépu. Ces plantes ont de fort belles qualités, mais les légumes n'ont aucune chance de faire du bon travail s'ils doivent lutter avec ces dernières pour l'espace et les nutriments. 
     Or, je n’étais pas prête à attendre une année de plus avant d'obtenir une récolte.

     
Une vieille boîte à lettre trouvée dans un des
bâtiments a été installée à l'entrée du potager,
près de l'arche. C'est un bel espace de rangement
pour les gants et les petits outils, mais nous y

retrouvons souvent des locataires
indésirables : des guêpes, qui n'apprécient
pas du tout la cohabitation !



 
  
   Donc, je devais trouver le moyen de transformer cette pelouse en espace de culture assez rapidement pour respecter un calendrier raisonnable de semis et transplantations. Or, j’ai un travail à temps plein qui me tient particulièrement occupée tout le printemps. J’étais donc à la recherche d’une méthode d’aménagement à la fois très économique et très rapide sans avoir à labourer la terre, entre autres pour éviter de perturber son écosystème, mais surtout parce que le chiendent est une plante particulièrement résiliente, qui ne se laisse pas facilement intimider par un rotoculteur. De plus, je ne voulais pas me soucier de vérifier la qualité du sol ou mettre beaucoup d’énergie pour l’amender afin d’en corriger les lacunes éventuelles.










      
     De la paille à ma rescousse :



Je me propose de vous présenter une méthode de culture dont vous aurez peut-être entendu parler. Il s’agit d’utiliser des balles de paille (appelées aussi bottes ou ballots) comme médium de culture plutôt que du terreau. D'abord, faisons la différence entre le foin et la paille. Le foin est composé de différentes plantes herbacées qui sont coupées et séchées au moment où elles portent encore leurs graines, puis tassées et attachées en bottes. Comme les grains sont présents dans le foin, celui-ci constitue une nourriture protéinée pour le bétail. Et bien sûr, ces grains sont bien vivants et ne demandent que de l'humidité pour se mettre à germer. 


La paille est la tige de plantes céréalières, comme le blé, le seigle et l'avoine. C'est un sous-produit de la culture céréalière. Une fois les grains de céréales séparés de leur tige (par battage) au moment de la récolte (la moisson), il reste la paille, pas très nutritive pour le bétail, mais qui a tout de même plusieurs usages. Entre autres, elle est un excellent matériau isolant, elle peut servir de litière aux animaux, ou être étendue sur le sol pour prévenir la pousse des mauvaises herbes (paillis). À moins qu'il ne soit pourri, le foin ne convient pas pour ce dernier usage, parce qu'il contient encore une importante quantité de graines qui germeraient sur place.

Monsieur Joel Karsten, l'américain qui se présente comme l'inventeur de la culture en balles de paille, en vante les mérites suivants : pour un coût très abordable, ce médium de culture est très riche (une fois que la paille a commencé à se composter, c'est-à-dire à pourrir). De plus, il n'exige pratiquement pas de désherbage, pas de labourage et fournit un lit de culture plus chaud que la terre environnante, le tout à une hauteur du sol qui ménage un peu le dos. Enfin, il peut accueillir une grande variété de légumes. 

      On se retrousse les manches et on commence !

    Pour cette première saison, je n'ai eu le temps d'installer que la moitié de mes 300 balles. J'ai donc installé mon jardin sur une surface d'environ 40 X 80 pieds (12 X 24 m). J'ai dû remiser les autres jusqu'au printemps suivant.

     1. Il a fallu charger, transporter et décharger toutes ces balles. J''ai eu beaucoup d'aide pour cette étape, qui s'est faite en 2 voyages - grand merci à la parenté, à la famille du vendeur et aux amis. Les balles ont été empilées à l'extérieur et recouvertes avec une toile, tout près du futur potager.


      
     2.  J'ai fait de nombreuses visites aux conteneurs de récupération pour ramener à la ferme tout le carton dont j'ai eu besoin. Je l'ai obtenu gratuitement de différents commerces - il suffit de demander la permission au propriétaire ou au gérant). Il a encore fallu en arracher le ruban gommé transparent et parfois, les grosses agrafes métalliques qui renforcent certaines boîtes. J'ai couvert toute la surface de la pelouse de trois épaisseurs de carton en les faisant chevaucher afin d'éviter que les racines de mauvaises herbes se faufilent. Je savais que, sans cette barrière protectrice, le chiendent se réinstallerait très rapidement sans grande difficulté. 

    3. Pour éviter que le carton parte au vent, j'ai procédé par sections, déposant les balles de paille une par une sur chaque section avant d'en commencer une autre. J'ai quand même dû placer des roches, des briques et des bûches par-dessus les cartons pour empêcher le vent de les retrousser.


     Pour rendre l'accès plus facile aux personnes à mobilité réduite, j'ai sacrifié de l'espace pour des allées larges de quatre pieds (120cm). Sur cette photo, à gauche, on voit des tapis de caoutchouc et, de l'autre côté, du carton. J'ai aussi utilisé, dans plusieurs autres allées, un gigantesque tapis industriel en feutre bleu ciel, laissé par l'ancien propriétaire des lieux. Je l'ai découpé en bandes légèrement plus larges que les allées. Le ballot de feutre était si lourd que notre VTT (Quad) n'arrivait pas à le bouger. Heureusement que nous avons un tracteur !
    
  La forme la plus traditionnelle des balles de paille québécoises est le bloc rectangulaire et, comme je le comprends, dont la grandeur et le poids peuvent varier, selon la machinerie utilisée et les ajustements qu'on peut y faire. Les miennes étaient de deux formats, la majorité d'entre elles mesurant 12 X 18 X 30 po (30 X 45 X 75cm), les autres étant un peu plus petites.

     Les balles de paille sont déjà assez lourdes quand elles sont sèches, mais quand celles du dessus du tas se retrouvaient bien arrosées par une bonne pluie, je devais généralement les rouler par terre pour arriver à les bouger. Il y a une précaution importante à mentionner au moment d'installer les balles au sol: on doit les orienter pour que les brins de paille se retrouvent dressés à la verticale, sinon l'eau et les matières organiques glisseront vers les côtés des balles au lieu de pénétrer la paille par le dessus.


4. Une fois mes balles en place, bien appuyées l'une tout contre l'autre, j'ai rempli les interstices entre chacune avec du fumier composté et du compost végétal. J'ai opté soit pour former des plates-bandes plus ou moins carrées, soit pour former des rangées plus conventionnelleslongues, droites et larges de 24 po (60 cm). Ces formations se sont bien adaptées aux petites différences de niveau d'un terrain quand même relativement plat, mais ont été plus difficiles à stabiliser dès qu'il y a eu un peu de pente.

     N'ayant pas pensé à une façon de placer mes balles de paille sur une ligne courbe, je n'ai pas appliqué une technique importante en permaculture : Trouver les lignes de niveau naturelles du terrain et faire suivre les plates-bandes et les allées le long de ces lignes, donc, perpendiculairement à la pente, pour bloquer le chemin à l'eau de pluie ou l'eau d'arrosage, évitant ainsi qu'elle ruisselle hors du jardin avant d'être absorbée par la terre et la paille. Pourtant, il y a un moyen de le faire, mais je n'y ai pas pensé sur le coup. Nous en reparlerions dans le prochain article.

     5. Il m'a ensuite fallu "traiter" les balles pour accélérer leur décomposition. Essentiellement, il s'agit, pendant quelques semaines, de bien mouiller la paille avec de l'eau tiède tous les jours, puis aux deux jours, puis aux trois jours, et d'y ajouter périodiquement de l'engrais organique et des micro-organismes. Graduellement, l'intérieur des balles commence à moisir (ce qui génère de la chaleur) et à se transformer en matière organique assimilable par les plantes potagères qu'on y installera. J'ai donc arrosé mes balles abondamment et de façon répétée avec de l'eau tiède additionnée de thé de compost oxygéné (mélasse bio achetée, extrait d'algues acheté, compost de vers de terre produit chez moi, infusion de bardane, de pissenlit, de consoude et d'algues d'eau douce, plantes qui poussent en quantité sur place). Ceci a procuré aux balles de paille une riche source de micro-organismes. J'ai aussi ajouté de la cendre et des coquilles d'oeuf broyées, pour le phosphore et le calcium. Si vous trouvez, comme Hélène, que tout cela sonne comme énormément de travail, eh bien, vous avez raison !

On voit ici deux plates-bandes en forme de carré, formées chacune de 4 balles alignées côte à côte et dans lesquelles poussent principalement de la citrouille, des tournesols et des plants de tomates. Le dessus des balles a été recouvert d'une mince couche de terreau et de compost, pour offrir un milieu plus accueillant pour les graines et les jeunes pousses. Les balles reposent sur trois couches de carton, qui recouvre aussi les allées. Au tout début, j'ai étendu de la paille dans les allées pour faire plus joli, mais c'était une très mauvaise idée, car la couche de paille maintient le carton humide, ce qui le rend terriblement glissant, comme il l'est après chaque pluie même s'il est laissé à découvert, d'ailleurs. De plus, l'humidité constante fait qu'il se décompose trop rapidement. J'ai donc retiré la paille au bout de deux ou trois semaines.
    
     6. Après quelques semaines d'arrosage, j'ai couvert le dessus des balles d'une couche de terre à jardin mêlée de fumier de mouton ou de cheval et j'ai commencé à transplanter et semer des légumes dedans. Cette couche de terre est nécessaire pour semer les graines, qui autrement, s'enfonceraient trop profondément dans la paille. Toutefois, les plus grosses graines, comme celles des courges, des haricots, des pois et des tournesols, arrivent à se maintenir assez près de la surface pour en émerger une fois qu'elles ont germé. Donc, le terreau n'est pas absolument nécessaire avec les grosses graines.

     7. Chaque grain de céréale qui est resté attaché à la paille est susceptible de germer tout aussi bien que les semences qu'on y aura planté et ce, même sur des balles vieilles de plusieurs années. Il est rare de trouver une balle de paille sans aucune graine dedans, mais la quantité peut varier grandement et dépend, paraît-il, de la qualité du travail de séparation des grains fait par la moissonneuse-batteuse. Or, à en juger par la quantité de jeunes pousses d'avoine que j'ai dû arracher de certaines de mes balles, l'engin qui avait été utilisé pour les produire avait dû se désajuster en cours de route ! Si certaines balles n'ont produit aucune pousse d'avoine, d'autres m'en ont donné facilement 300 ! 


 Un autre usage que j'ai fait de mes balles de paille : j'ai érigé un mur isolant sur le pourtour du poulailler pour mettre nos poussins à l'abri du froid et des intempéries. Ici, on voit très bien un champignon dont le pied blanc s'étiole en hauteur (sur la gauche) et les pousses d'avoine toutes vertes, provenant des grains qui n'ont pas été séparés de leur tige au moment du fauchage.

     Un beau et bon résultat :

     Dès les premières semaines, le jardin a eu fière allure. La paille est sans aucun doute un très beau matériau. Une fois le processus de décomposition bien enclenché, elle produit un médium de culture très riche. La plupart de nos légumes y ont poussé vigoureusement, sauf dans une section qui ne recevait pas assez de soleil. Je n'ai pas osé y planter mon ail, que je ne voulais surtout pas risquer de perdre, et je n'ai pas planté de patates, cette année-là. En résumé, les récoltes ont été très bonnes!

     Je suis très satisfaite de cette première saison. De plus, j'ai découvert qu'avec quelques aménagements, un potager sur balles de paille peut évoluer pour durer plus d'une année, puisque je viens de terminer une troisième saison de jardinage cet automne ! Les balles, bien sûr ont subi des transformations dues au passage du temps et à l'action digestive de milliards de micro-organismes. Mais cette histoire-là, je vous la réserve pour une autre fois !
     

      
   

mercredi 23 novembre 2016

Les succès et échecs 2016, partie 1

 This article in english.

D'une grande beauté, la pivoine Raspberry Sundae m'a donné une quantité incroyable de fleurs cette année.


Article similaire de l'année précédente:
Année 2015

Hélène:
Quelle belle année! Les températures printanières ont été quelque peu étranges, donnant encore de la neige en Mai et se réchauffant tellement vite que la période fraîche du printemps - la période propice aux légumes qui aiment ces températures - n'était pas au rendez-vous. J'ai donc pris une grande décision: peu ou pas de légumes de printemps. Pas de brocolis ou de choux. Avec peu d'enthousiasme, j'ai planté quelques petits pois en pot comme je le fais chaque année. Ils n'ont vraiment pas bien fait. La laitue s'en est tirée pas si mal, mais seulement celle que j'avais pris soin de mettre à l'ombre (photo de gauche à l'appui). Voyez-vous, chez moi les températures ont été régulières et chaudes, même la nuit, de mi-Mai jusqu'en milieu Septembre. Alors, tout ce qui fait bien en temps chaud et ensoleillé - je pense tout spécialement aux solanacées et cucurbitacées - ont produit au-dessus des attentes.

Quand je dis que mes fraises sont une très petite variété : voyez la différence de taille entre mes fraises et une fraise du marché (la Frissonnante, une variété de serre du Québec qui vaut aussi le détour).
 
Succès:
Je crois qu'à chaque année, je vous parle des fruits qui poussent ici. C'est qu'il s'agit du couronnement de mon jardin, alors n'en soyez pas étonné si je vous en parle à nouveau! Pour les succès donc, il y aura la mention classique pour les fraises et les framboises dorées. Une mention rapide des 31 délicieuses pêches que j'ai récoltées, voyez l'article pour de plus amples détails.

Et puis les amélanches qui ont fait tant de fruits - tant! - que je les ai utilisées autrement pour la première fois de ma vie! Dans notre maisonnée, les amélanches se mangent fraîches, jusqu'à la dernière. Avec un enfant de maintenant 8 ans qui n'a jamais eu à se faire prier pour manger des fruits frais, la quantité de cette année aura tout de même eu raison de son enthousiasme.
 
Nous en avons fait des crêpes à quelques reprises, par exemple.
Ce qui n'était que quelques branches de cassis rouge l'an passé est devenu une vraie récolte. Mais le cassis ne me plaît pas particulièrement. C'est un fruit acidulé et très sûr, même lorsqu'il est mûr. Alors je l'ai mélangé à mes amélanches pour en faire un pot de 250 ml de confiture dont j'aurai le bonheur de me délecter cet hiver.

À gauche, petit plant chétif, à droite, les fleurs blanc verdâtre peut visibles et franchement quelconques qui, contre toute attente, se transformeront en grappes de fruits rouges lustrés.
 
Révélations? Très difficile de voir de loin, mais ils sont pourtant là!
 

Les fleurs de raisins, c'est tout à fait bizarre et mignon!
Les grappes bien visibles.
La grande nouveauté cette année, ce fût les raisins! J'avais, il y a plusieurs années, 2 vignes. Une blanche, Prairie Star, qui est morte et une rouge qui s'appelle Valiant que j'ai transplantée - oh -  environ 3 fois depuis les 6 dernières années. Finalement cette année, elle m'a fait des fruits! Beaucoup de fruits. Mais je ne les aimais pas beaucoup malheureusement. Le goût était bien, mais cette variété contient de gros pépins, la peau n'est pas très bonne et la chair reste une petite boule fortement attachée à ses fameux pépins, ce qui rend difficile de manger le fruit sans en croquer un. Alors j'en ai fait quelques pots de superbe gelée!

À gauche et au centre, les raisins commencent à se colorer et à droite, la récolte.
2 petits pots de gelée de raisins, 1 gros pots de compote de rhubarbe, tout cela au milieu de septembre.
Je me suis également risquée cette année à faire pousser des melons. Je n'ai jamais connu de succès par le passé, mais mon flair me disait que les températures de cet été seraient un bon facteur de succès. Et ça a marché! Pour la première fois j'ai cueilli deux petits melons, la variété "Collective Farm Woman", un melon originaire d'Ukraine! Apparemment, il se conserve bien après la récolte, mais nous n'avons pas attendu longtemps pour les manger.

Oui, il est tout petit, ce melon! Après lecture sur le net, il doit être cueilli quand il devient légèrement strié jaune; tout jaune et la chair sera grumeleuse; trop vert et il ne sera pas assez sucré. Celui-ci a été cueilli à point.
Les échecs:
De tout les fruits printaniers, deux n'ont pas bien fait. J'ai des plants de bleuets nains et de kiwi arctique à l'avant de ma propriété mais ils ne semblent pas vouloir produire de fruits malgré une abondance de fleurs. J'élaborerai dans la section "les surprises" de cet article, plus loin. 

Les fèves ont eu quelques difficultés, mais ce n'est pas un échec total. D'abord, la variété Nebraska Beauty, qui ressemble énormément à Jacob's Cattle, mais qui est une variété grimpante plutôt que buissonnante et qui est plus tardive, a été un succès, disons-le. La variété Mandan Black (la petite fève noire sur le dessus de la pile dans la photo ci-bas) a fait peu de fèves, mais a mieux réussi que la variété noire de l'an passée, la Hopi Black. Mes Scarlet Runner ont fait superbement comme d'habitude, mais les Painted Lady ont eu énormément de difficulté. Finalement, les deux variétés plus blanches que vous voyez ci-dessous sont Early Mohawk (crème et mauve) qui a bien fait et Jumbo Roma (crème et café) qui n'a pas bien fait mais qui avait du potentiel - cette variété semble avoir été victime d'une maladie. Les cosses devenaient rapidement déformées et les graines en souffraient.

Les fèves de cette année, presque assez pour remplir un gros moule à tarte! Les Mandan Black sont sur le dessus de la pile en petite quantité, l'étage du dessous est composé de fèves blanches de deux variétés, quoiqu'avec une photo comme celle-là, il est difficile de les différencier: Les crèmes et mauves (parfois une fève complètement mauve) sont la Early Mohawk qui a bien fait. Les fèves crème et avec des lignes couleur café sont la Jumbo Roma qui n'a pas bien fait. Au fond de tout - et la plus grande quantité de fèves récoltées - ma chouchou, la Scarlet Runner Bean. Entre le fond et les blanches, on peut voir les Nebraska Beauty qui ont une moitié blanche et une moitié bourgogne avec des taches inégales des deux couleurs ici et là. Les fèves sur la table sont un amoncellement de fèves pas tout à fait mûres que j'ai fait sécher dans un déshydrateur. C'est d'ailleurs une technique qui a très bien fonctionné.
Les surprises:
L'autoroute des escargots!
Cette année encore, les escargots sont présents! Mais au-delà de ces gastéropodes à coquille, le jardin a eu plusieurs petites surprises!

Pour élaborer un peu plus sur cet étrange problème de fleurs de kiwis et de bleuets qui ne font jamais de fruits, une théorie sur la cause m'est apparu ce printemps (je remarque le phénomène depuis quelques années, mais le tout s'est cristallisé dans mon esprit ce printemps). 
J'ai, à l'avant de la maison, quelques plants de bleuetier et deux vignes de kiwi arctique (Actinidia Kolomikta), car le kiwi doit avoir un mâle et une femelle pour faire des fruits. Hors, mes deux kiwis, qui grimpent de chaque côté de mon escalier d'entrée, ont fait de nombreuses fleurs en synchronicité (cette année la floraison promettait une quantité impressionnante de fruits), mais n'ont pas fait de fruits... Pareil pour mes bleuetiers qui m'ont fait nombre de fleurs, mais pas de fruits. Et c'est là que j'ai remarqué qu'il n'y avait presque pas d'insectes pollinisateurs à ce moment de la saison dans cette section de mon jardin. Donc je crois que me trouver des fleurs qui attireraient ces insectes à ce moment pourrait peut-être régler mon problème. À suivre...
Nouvelle venue cette année, une petite rainette versicolore!
 Une autre bizarrerie sur la photo ci-bas. J'ai installé du thym rampant à travers les pierres d'une petite section du jardin... Quelques années plus tard, le thym se porte bien et a colonisé une belle surface. Et là, à la floraison, surprise! Une des touffes de thym fleurit blanc. Je n'ai pas ajouté un thym différent, pourtant. C'est bel et bien arrivé tout seul! C'est comme ce mystère qui fait que mes graines de fèves Painted Lady, une fois cueillies sont d'une couleur tout à fait différente (quoique toujours constante) de leur couleur originale à la plantation (j'en parle dans cet article, vous pouvez retrouver le sujet environ au trois quart de celui-ci)!


Conclusion:
La beauté du jardin est prenante en début d'été. Je n'ai pas encore trouvé le truc pour allonger cette beauté durant toute la saison estivale: mon jardin d'automne semble particulièrement éméché. Voici donc quelques images qui mettent en valeur la beauté printanière.
  


Ni la pluie, ni le vent, ni... les pétales de cerisiers ne l'empêcheront de dormir sur ce divan.

Une petite note:
Plusieurs villes ont différents programmes en matière de protection de l'environnement qu'ils offrent à leurs résidents. Par ici, c'est la distribution de barils de collecte d'eau de pluie à prix très modique. J'ai donc eu le plaisir d'en acquérir un et j'en suis ravie! Je vous invite à vous renseigner à votre municipalité sur la mise en place de programmes qui pourraient vous être favorables!